French poem
Lxix
En l'île d'Auselet les oisillons pépiaient tout le long des bords feuillus. Le vent léger apportait des montagnes La senteur des lavandes et des myrtes qui dans les Combes-Masques étaient fleuris. La fin du jour, avec son haleine plus tiède, emplissait les coeurs de la nostalgie qui envahit tout, quand le soleil baisse. Ils voyaient arriver la Barthelasse verte, partageant le fleuve en deux Rhônes, et puis plus rien, que le tournant de l'onde. Mais soudain, tel qu'un rideau de théâtre qui en aval se tire à l'horizon, les arbres du rivage et les collines, tout va diminuant pour disparaître devant un colossal entassement de tours que le soleil couchant enflamme et peint de splendeur royale, de pourpre splendide. C'est Avignon et le Palais des Papes! Avignon! Avignon sur sa Roque géante! Avignon, la sonneuse de la joie qui, l'une après l'autre, élève les pointes de ses clochers tout semés de fleurons; Avignon, la filleule de saint Pierre, qui en a vu la barque à l'ancre dans son port et en porta les clefs à sa ceinture de créneaux; Avignon, la ville accorte que le mistral trousse et décoiffe et qui, pour avoir vu la gloire tant reluire, n'a gardé pour elle que l'insouciance! Les bras se dressent tous; et l'équipage, les passagers, admirent Babylone (ainsi que la nommèrent les Italiens jaloux). Puis tout à coup de la seconde barque monte ce cri: «Venise! c'est Venise, lorsque entre ses dentelles elle va se coucher, aux baisers du Ponant, dans sa lagune!» Et n'y tenant plus de jeter au vent son enthousiasme, Guilhem, par-dessus bord, décampe en un saut chez les Vénitiennes.