Versos French Frédéric Mistral Lxv

French poem

Lxv

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Il n'y avait, n'est-ce pas? rien autre à répliquer que d'embrasser sur le coup la follette. Devant cette foi qui le divinise (amour, c'est connu, par amour se paye), Guilhem d'un feu divin sent dans ses veines s'allumer le transport, courir la flamme. Et les voilà qui tombent dans les bras l'un de l'autre, à ne plus savoir, de lui ou de l'Anglore, lequel est le plus ivre, le plus ensorcelé. Et les barques voguaient à vau-l'eau, toutes seules, au milieu des coteaux parallèles aux rives, sur le courant, avec de longs silences. De loin en loin passait quelque castor, sortant le museau pour reprendre haleine, rapidement descendant à la nage; et sur le faîte des grandes bannes floches les hirondelles venaient, rasant le Rhône, se reposer. Dissimulés ensemble contre l'empilement des ballots rebondis, il lui disait dans son étreinte: --«Approche un peu ton coeur plein d'harmonie contre le mien, que je l'entende battre! Ne regarde pas dans l'eau--qui est trop profonde, ne regarde pas la terre--qui est trop loin, ne regarde pas le ciel--qui est trop vaste: regarde dans mon âme où tu es le soleil!» Mais elle, en écartant de sa ceinture la main du petit prince un peu aventurée: --«Vois, vois, dit-elle, en voici là dehors, vers le rivage, de la fleur que tu cherches!» Et elle s'échappa, riant comme un enfant, à l'orée du bateau.