French poem
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Et Maître Apian cria:--«Jarni-pas-Dieu! puisqu'il veut nous payer le régal de la fin, vraiment c'est un bon prince!»--«Nom de quelque jumart! les hommes répondirent, faudra qu'on la combuge, ce soir, la cuve au vieux saint Nicolas!» --«Allons, enfants!» Et tous gravissant la montée, s'en vont au cabaret de la Vignasse. De là se voient le plain-pays d'Argence et la Sylve-Godesque, en laquelle la biche mena le roi des Goths tout droit à l'ermitage du grand saint Gille. A terre c'est là que sont roulants les vieux boulets de pierre glorieuse qui ont broyé, lancés par les calabres, les Croisés de Montfort: amas de pierres sept fois sacré, suprême témoignage d'un peuple déroché, mais non sans lutte, le rire aux lèvres et chantant son martyre! Donc, la grand'chiourme une fois attablée autour de Guilhem:--«Savez-vous, amis, leur dit Guilhem, à qui l'envie me prend de consacrer notre dernier repas fait à Beaucaire? Aux patriotes des rives rhodaniennes, aux intrépides qui, dans les jours d'autrefois, se maintinrent au château fort qui à nos yeux s'élève! aux riverains qui surent défendre valeureux et leurs coutumes et leur port franc et leur grand Rhône libre! De ces ancêtres-là gaillardement tombés dans la bagarre, si aujourd'hui les fils ont oublié la gloire, eh! tant pis pour les fils! Mais vous autres, les gars, qui avez conservé le cri: Empire! et qui, en braves gens, à votre insu, allez bientôt, peut-être tout à l'heure, pour défendre le Rhône dans sa vie, allez livrer la bataille dernière, avec moi étranger, mais radieux et ivre de votre lumière du Rhône, haussez les verres à la cause vaincue!» Dans les mains tous les verres retentirent. Les mariniers, Maître Apian écoutaient ébaubis, sans trop bien comprendre, mais avec respect et silencieux. --«Mes pauvres gens! reprit le galant prince, et le beau train aussi de vos bateaux, et les files aussi, les longues files blanches, remorquées en amont par les quadriges de vos grands chevaux qui traînent la maille, au désastre imprévu courent peut-être!... Mais à quoi bon, ô survivants d'un peuple qui depuis trois mille ans tenait le gouvernail, gémir en vain sur la cause perdue! Comme au château illustre de Beaucaire, comme les Provençaux, pour bien finir, en face du Soleil et du grand Rhône, faisons la Rouanade et la Soulenque! Et humons, à la barbe des vainqueurs, le vin du Génestet qui ressuscite... Et mugisse le Rhône, en Rouanesse!»