Versos French Frédéric Mistral Xli

French poem

Xli

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Nappe d'acier, les eaux longues et mornes amènent le sommeil, presque l'ivresse. De la barque majeure sous la tente le prince fait la sieste. Oh! belle vie! Couché dans sa mante à rayures rouges où est brodé le Cor d'argent d'Orange, et l'oeil mi-clos, il voit dans l'azur des lagunes se mirer les hauts peupliers qui vont fuyant avec les frênes, les osiers, les digues empierrées, les palées, les javeaux. Ensommeillé, tout en glissant sur l'onde, il aperçoit là-haut, qui passent à la file, les châteaux couleur d'or et les tourelles, mémoratifs des époques lointaines, de leurs légendes féeriques, merveilleuses! Et il sent le bonheur infini d'être libre des vanités, des inepties de l'existence. Un doux rêve d'amour l'envahit: il songe à l'Ève inconnue qui l'attend quelque part, le coeur en fleur, seulette. Elle aura foi peut-être en sa parole, s'il lui fait un jour son aveu. Et il tressaille de jumeler le nonchaloir de sa jeunesse au renouveau de la belle ingénue et de se perdre au bocage avec elle, avec elle buvant l'oubli de tout le reste.