Versos French Frédéric Mistral Xliii

French poem

Xliii

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Pendant que le Caburle ainsi dévale, croisant de loin en loin quelque autre file dont l'équipage en marche remonte le courant du Rhône, à la vue passent vallées et puys: le Roubion, dans les terres, baignant Montélimar; après, les contreforts de la grande église arc-boutée là-haut sur le roc de Viviers; vers l'autre rive le gouffre de Gournier--où, quand vient la Noël, une fois par an, s'entendent les cloches, au coup de minuit, du couvent de nonnes qui au temps passé y fut englouti. Avec l'ancien château qui était vis-à-vis, par un souterrain creusé sous le fleuve, elles communiquaient, dit-on...--«Alerte! alerte!» Le timonier soudain virant au gouvernail, ils ont raclé sur l'écueil de Malmouche. Rapide, la remorque vient d'entrer dans la cluse étroite et redoutable de Donzère. Au passage, farouches, de côté les épient les Trois Donzelles transformées en rochers. Elles attendaient là, toutes les trois debout, leurs chevaliers partis pour Terre Sainte: en regardant venir le long de l'eau, la langueur de l'attente est si mauvaise! elles finirent par s'y pétrifier. Ils dépassent le Bourg où le diacre Andéol exorcisa le dieu Mithra; ils découvrent le mont Ventour qui protubère au loin, plus loin encore le Mézenc des Cévennes, là-bas enfin les arches magnifiques du Pont Saint-Esprit, bâti par miracle; et, perdus dans les arbres, les voilà qui abordent au Malatra, confluent de l'Ardèche, où ils vont, pour parer aux grèves dangereuses, embarquer l'homme de la mue.