French poem
Xxxvi
--«Ainsi que vous disiez, prince, sur la rivière tout peut se voir: c'est l'ornière du monde, reprit le vieux patron. Tenez, le pape: tout habillé de blanc, et sa main droite qui nous bénissait hors de son carrosse... Ne l'avons-nous pas vu deux fois? Une, le pauvre! lorsque, enlevé de Rome et prisonnier, on l'emmenait par là-haut à Paris et qu'ensuite, de chagrin et de fatigue, il vint mourir en chemin à Valence; l'autre, quand Bonaparte pour son sacre l'envoya prendre et que, de bon gré ou de force, il lui fallut marcher derechef... Bonaparte! Oh! cet insatiable de conquêtes qui, nous enveloppant à sa fortune, nous avait fait si loin tendre la guêtre et si longtemps déchirer la cartouche, lui qui avait lancé, d'arrache-pied, tant de conscriptions aux tueries que les nations disaient: «Faut que les vaches, «dans le pays de France, fassent des hommes!» Eh bien! le croirez-vous, que sur la rive du Rhône, là où luit la route, lui, ce grand homme, ce foudre de guerre, à la défaite, nous l'avons vu conduire comme un patient, désemparé, tout veule! On l'emmenait au loin, à l'île d'Elbe... Le général Bertrand était, dans la voiture, assis à son côté: la joue blafarde, un foulard jaune à l'entour de ses tempes, lui, l'empereur hier de tant de peuples, aujourd'hui renié des siens, de ses ministres, de tous ses matadors qui l'encensaient, descendait au galop... Je m'en souviens!