French poem
La Fleur-de-vie
by Gabriel Monavon (1820–1906)
Dans un clair ruisseau Dyrcé voit ses charmes ; Ses regards pourtant se voilent de larmes… Calaïs lui dit : — Printemps gracieux ! Laisse mon baiser sécher tes beaux yeux, Et dis quel chagrin cause tes alarmes ?…
La belle reprend d’un air attristé : — Le ciel n’est, dit-on, que joie et clarté, Mais la terre est bonne et la vie est douce : Pour me consoler, là-haut dans la mousse, Va chercher la fleur d’immortalité ! —
Calaïs qu’entraîne une ardente fièvre, Répond : — De chagrin que ton cœur se sèvre !… Il court, puis revient disant : — la voici ! Et la blonde enfant s’écrie : — Oh ! merci !… Et, prenant la fleur, la porte à sa lèvre…
Mais soudain tremblante et le front baissé, Pâle comme un lys par le vent froissé, De larmes ses yeux s’emplissent encore ; Et le beau chasseur, de sa voix sonore, Lui dit : — Qu’as-tu donc à pleurer, Dyrcé ?…
Quoi ! des pleurs toujours, belle infortunée ! Quel souci tient donc ton âme enchaînée ?… — Ô méchant garçon, perfide et cruel, Ce n’est pas la fleur qui rend immortel, C’est la fleur d’amour que tu m’as donnée !…
Calaïs l’embrasse et dit en riant : — Qu’importent les jours et leur vol fuyant ! À vivre deux fois ma fleur te convie… Oui, la fleur d’amour est la fleur de vie, Car l’amour vainqueur se rit du néant !
— Ah ! reprend Dyrcé, quand ta main la donne, La fleur dont l’attrait jusqu’au cœur rayonne, Mon cœur trop charmé ne peut refuser… Ma vie est liée à ton doux baiser : Que la fleur d’amour reste ma couronne !