French poem
La Sœur de charité
by Gabriel Monavon (1820–1906)
Aux marches de l’autel que parfume le cierge, Une voix a parlé dans l’âme de la vierge, Et la grâce d’en haut, ramier tendre et vainqueur Est venue adopter, pour nid, ce jeune cœur… À cet appel divin, tombant dans le silence Comme un flot de rosée en ce lys d’innocence, La Vierge au front candide a répondu : — « Seigneur ! « Mon âme, à votre amour, se livre avec bonheur… « Disposez de ma vie… Ah ! pour vous, sans murmure, « J’égrènerai mes jours comme une moisson mûre, « Et demain, sans retour, je me verrai couvrir « Du vêtement sacré qu’on garde pour mourir !… « Épanchant à vos pieds mon âme solitaire, « Recherchant pour repos l’ombre du Sanctuaire, « Pour aliment, le pain des espoirs immortels « Et cet air embaumé qu’on respire aux autels ;
« Dédaignant tous les biens que le vulgaire envie, « Jonchant vos saints parvis des roses de ma vie, « Je ne veux plus sentir, puisque c’est votre loi, « Vivre en moi que l’amour, l’espérance et la foi !… »
Elle s’abrite loin du monde Dans le silence du saint lieu, Comme un cygne qui dort sur l’onde, Cette douce fille de Dieu !
Dans l’ombre d’un chaste mystère, Dérobant sa virginité, Plus rien ne l’attache à la terre, Plus rien… hormis la charité…
Quel charme divin l’environne, Lorsque, agenouillée à l’autel, Son humide regard rayonne Des pures extases du ciel !…
Sa joue, à la rose mystique, Emprunte un reflet de pudeur ; À son front, le lys séraphique Attache un nimbe de candeur…
Mais qu’elle est plus touchante encore, Lorsque au chevet de pleurs noyé, Où la fièvre brûle et dévore, Elle fait veiller la pitié !…
Des vertus la tendre influence Comme un divin parfum la suit ; Près d’elle, on respire d’avance Le ciel où son regard conduit.
Sa voix, lyre de la prière, A des accents délicieux, Qui savent consoler la terre Avant de s’envoler aux cieux.
Vision douce et bien aimée, Elle va, laissant tour à tour Un espoir dans l’âme calmée, Dans le cœur un rayon d’amour…
C’est la fleur candide, comblée Des purs aromes de l’Éden, C’est la colombe immaculée, L’Ève du céleste jardin.
C’est l’âme en sa beauté première, Trésor de grâce et de douceur, Et que les Esprits de lumière, Du haut des cieux, nomment leur sœur…
C’est le trône où vient l’innocence Régner au terrestre séjour ; C’est l’auge de la bienfaisance, De la prière et de l’amour !
Sur son front pur, la foi respire, L’espérance brille en ses yeux, La charité, sur son sourire, Sème toutes les fleurs des cieux…
Sa main prépare le dictame Et les baumes vainqueurs des maux ; Partout on la voit, faible femme, Sans crainte affronter les fléaux.
C’est l’abri que la Providence Garde à l’exil du pèlerin ; C’est le trésor de l’indigence, Le refuge de l’orphelin.
À l’infortuné qui frissonne Sous son toit battu des frimas, Au vieillard que tout abandonne, Son dévoûment ouvre les bras.
Du soldat mourant de misère, Loin d’une mère ou d’une sœur, Comme une sœur, comme une mère, Elle se fait l’ange sauveur.
Le coupable à qui dans sa geôle, Nul accent ne sait compatir, Reçoit de sa voix qui console, La semence du repentir.
Doux séraphin dont l’aile blanche Guide les âmes vers le port, C’est encor elle qui se penche Au triste oreiller de la mort !…
Ainsi la voit-on sur la terre, Le front ceint d’un pieux reflet, Passer, vision tutélaire, Comme si Dieu se révélait,
Et suivre, pudique et voilée, La route austère du devoir, N’embaumant sa marche isolée Qu’aux fleurs de l’éternel espoir…
Ainsi toujours s’accroît sa gerbe Dont les bienfaits sont les épis Moisson abondante et superbe Qui mûrit pour le paradis !…
Et comme un cygne blanc sur l’onde, L’humble et douce fille de Dieu, Vierge des attaches du monde, S’abrite à l’ombre du saint lieu…