French poem
La Marguerite des prés
by Gabriel Monavon (1820–1906)
Il est une blanche fleurette Qui, sous les caresses de Mai, Ouvre sa fraîche collerette À l’œil qui s’arrête charmé.
Jeunes, son aspect nous attire ; Vieux, il semble nous rajeunir : Chaque âge près d’elle soupire D’espérance ou de souvenir.
Elle n’a pas ce frais dictame, Haleine des rosiers en fleurs, Mais elle sait parler à l’âme, Elle est l’interprète des cœurs.
Au désir qui la questionne, Elle répond avec bonté : Les pétales de sa couronne Sont un oracle incontesté.
Chaque feuille qui, de l’attente, Tombe victime tour-à-tour, Devient pour l’âme palpitante, Le thermomètre de l’amour…
De ses quinze ans Rose inquiète, Déjà rêvant un doux aveu, Vient demander à la fleurette Si le beau Sylvain l’aime un peu.
De plus en plus son sein palpite, Son front se penche tout à coup ; Mais, fleur d’espoir, la Marguerite Lui dit : Sylvain t’aime beaucoup !
À vingt ans, tu peux, jeune fille, L’interroger impunément : À cet âge heureux, la sibylle Dit toujours : — Passionnément…
Mais que la prudence t’arrête, Ne pousse pas l’oracle à bout ; Plus tard, tu pourrais, ma pauvrette, Pour réponse avoir : — Pas du tout.
Marguerite ! des fronts de reine Sous ton nom se sont illustrés ; Toi, plus modeste souveraine, Tu fais l’ornement de nos prés.
L’orage, au-dessus de ta tête, Obscurcit le vaste horizon… Mais rassure-toi, la tempête, Respecte un trône de gazon.
De tes sœurs, orgueil du parterre, Le règne ne dure qu’un jour ; Mais le tien, loin d’être éphémère, Est éternel comme l’amour !…