French poem
Le Sentier
by Gabriel Monavon (1820–1906)
Sentier charmant et solitaire, Où chaque jour, d’un pas rêveur, Je viens chercher avec mystère Des mots pour la langue du cœur,
Que j’aime ta verte parure, Ton silence, ô mon frais sentier ! Et ta printanière ceinture Que brode la fleur d’églantier !
À côté de toi, dans la mousse, Coule en paix un humble ruisseau Dont l’onde murmurante et douce Chante avec la feuille et l’oiseau.
Sous tes riants voiles d’ombrage, L’air circule plus parfumé, Et semble imprégné davantage De la pure haleine de mai.
Plus belle est pour moi la nature, Quand je la vois en écartant Son mouvant rideau de verdure Qui, sur mon front, tombe flottant ;
Et lorsque errant sous le feuillage, J’écoute le petit oiseau, Qui chaque jour, à mon passage, Me salue en un chant nouveau…
Oh ! quelles ravissantes choses, Oh ! quel charme intime et vainqueur, Ta fraîcheur, ton onde et tes roses, Me versent à flots dans le cœur !
Que de fois bercé par des songes Au reflet brillant et doré, Discret sentier ! leurs doux mensonges, Sous tes berceaux m’ont enivré !
Que de fois, — gracieux fantômes, Souriantes illusions, — J’ai vu, devant moi, sous tes dômes, Passer de blanches visions !
Mon cœur épris de rêveries, Suit mieux, sous ton doux clair-obscur, L’essor de leurs ailes chéries, Leur sillon de rose et d’azur…
L’enchantement qui se respire Dans ton parcours délicieux, Entr’ouvrant ma lèvre au sourire, Fait poindre une larme en mes yeux.
Avec des élans de tendresse, Avec des soupirs de regrets Mon âme rappelle l’ivresse De ses souvenirs les plus frais,
De ses heures les plus légères, De ses plus amoureux printemps, De ses plus aimables chimères, De ses espoirs les plus constants…
Et la Muse à mes vœux propice, Perdue en tes méandres verts, Sous mes pas sème avec délice Des bouquets de fleurs et de vers !…
Sentier qui me vois solitaire Revenir ainsi chaque jour, Sentier créé pour le mystère, Pour la poésie et l’amour.
Ô mon sentier de confidence, Que ton ombrage bien-aimé Garde toujours la souvenance Des rêves d’or qui m’ont charmé !
Ô sentier, doux sentier que j’aime, Plein d’ombre et de riants détours, Puisses-tu demeurer l’emblème Du chemin que suivront mes jours !…
Ah ! comme toi, puisse ma vie Être paisible et sans écueil, Et, par une trace fleurie, Conduire mes pas au cercueil !