French poem
Les Cordes de la lyre
by Gabriel Monavon (1820–1906)
Sur les cordes d’or de la lyre, Résonnent les voix du printemps, La jeunesse avec son délire, L’espérance avec son sourire, L’amour et ses vœux inconstants…
Plus légères, plus fugitives Que la brise dans les roseaux, Elles mêlent leurs notes vives Aux baisers de l’onde à ses rives, Aux chants des bois et des oiseaux.
Bientôt il meurt, bientôt il cesse, Ce doux concert frais et changeant ; Et quand fuit la riante ivresse, La Lyre au doigt qui la caresse, N’offre que les cordes d’argent…
Leurs sons émus charment encore, Et parfois leur molle douceur Rappelle un écho de l’aurore, Écho plus grave et moins sonore Où se mêlent les cris du cœur.
Mais trop vite, hélas ! sonne l’heure De l’âge triste et du chagrin, Et bientôt la Lyre qui pleure, Pour le doigt tremblant qui l’effleure, N’a plus que les cordes d’airain…
Oh ! Si tour à tour infidèle, Chaque corde doit devenir, Sous ma main, muette et rebelle, Lyre ! du moins garde-moi celle Où vibre encor le souvenir !