French poem
X
by Gustave Kahn
Si je meurs moissonné par la vie, fauché par la durée, si je meurs d’avoir oublié l’heure aux détroits tristes de la vie, si la mort étend sur moi le manteau pauvre, si je meurs couché sur un large bouclier mon cœur battra de toi.
Si je vis par les parcs enamourés, si je vis par les psaumes des paumes qui disent oui à mes paroles, si je vis glorieux et doux, nos fanfares résonneront sur les âmes en chansons qui écoutent le pas de notre cheval sur les routes.
Si je parle, c’est ta voix qui parlera dans la flûte de bois, orgueil unique du poète, si je parle, c’est pour toi, c’est pour ta beauté loi, les lèvres sur l’âme aux abois.
Si je chante, ce sera l’hymne des choses brunes et d’ambre, ce sera l’avril des temps et le réveil des rois des temps. Les éventails de mon rêve sur le rêve des gens passeront comme un vif émerveillement pavoisé de paons en rêve.
Et si plus tard je me tais, ce sera que les vieilles lyres des antécesseurs vaincus orneront le parloir à sourires où tes yeux sur les miens vaincus, pèsent de leur despotisme aigu mais si cher et si tenaillant l’âme folle que moi je suis, que loin de toi, je m’en irais lentement comme vers un gouffre glissant, comme une herbe qui souffre.