French poem
Toast, 11 septembre 1875
by Gustave Le Vavasseur (1819–1896)
Messieurs, chaque pays excelle en quelque chose ; Strasbourg fait ses pâtés, Grasse produit la rose ; Le Merlerault a mieux que cela ; ses chevaux Ont fait bien des jaloux, mais n’ont pas de rivaux. Nos amis les Anglais, pleins de recherches folles, Leur dressent des autels ainsi qu’à des idoles. Dans leurs appartements quand ils rentrent le soir, Au lieu d’une écurie ils trouvent un boudoir ; On leur mâche l’avoine et, pour garnir leur crèche, On épluche avec soin des brins de paille fraîche ; Leur litière est plus nette et mieux faite qu’un lit
Et l’on change les draps du dieu, s’il les salit. Ces Anglais ont vraiment une race superbe, Il ne leur manquerait rien, s’ils avaient notre herbe.
La séve qui nourrit les plantes et les fleurs Aux prés du Merlerault est plus riche qu’ailleurs ; Elle fermente encor dans le lait de la mère Et bout avec le sang dans les veines du père ; Nous n’avons pas besoin de luxe à la maison Et la litière est faite où pousse le gazon ; Nos élèves font fi du foin de l’écurie, Ils aiment mieux brouter les fleurs de la prairie. Chevaux du Merlerault, si justement vantés, En la langue des dieux je porte vos santés.
À votre vieux renom ! À votre jeune gloire !
À ceux qu’a moissonnés la guerre, à leur mémoire ! À vous qui, frémissants et rougissant vos mors, Galopiez dans le sang des mourants et des morts, Qui, dans l’affolement des charges éperdues, Sauviez l’honneur après les batailles perdues !
À vous, héros obscurs, à vous martyrs civils ! La guerre vous a mis en d’étranges périls ; Vous n’avez conjuré le destin des batailles Que pour être mangés derrière les murailles Et vous avez nourri les bourgeois de Paris Avec la noble chair de vos flancs amaigris.
À vous, dignes enfants des martyrs de la guerre, Dieu vous garde de mort héroïque ou vulgaire ! Tondez l’herbe à l’abri des coups de l’étranger Et surtout, puissions-nous ne jamais vous manger !