French poem
Les Petits Souliers
by Hégésippe Moreau (1810–1838)
J’ai perdu mon serviteur, J’ai perdu tout mon bonheur… Petit nègre, au champ qui fleuronne, Va moissonner pour ma couronne : La négresse fuyant aux bois, Marronne, M’a prédit la grandeur des rois Vingt fois.
Petit nègre, va, qui t’arrête ? Serait-ce déjà la tempête Qui doit effleurer si souvent Ma tête, Et jeter mon bonheur mouvant Au vent ?
Las ! j’en pleure déjà la perte. Adieu donc, pour la mer déserte, La rivière des Trois-Ilets Si verte, Où, dans ma barque aux blonds filets, J’allais !
Adieu : les vents m’ont entraînée, Ma patrie et ma sœur aînée ! La fleur veut mourir où la fleur Est née, Et j’étais si bien sur ton cœur, Ma sœur !
La fleur veut mourir où la fleur Est née, Et j’étais si bien sur ton cœur, Ma sœur !