French poem
Messe d’orgueil
by Iwan Gilkin (1858–1924)
Les stupides viveurs, l’imbécile vulgaire, Les cœurs toujours vaincus par les tentations Répandent sur la table ou boivent à plein verre Le vin grossier de leurs banales passions.
Comme un prêtre à l’autel, séparé de la foule, Seul dans la solitude effrayante du chœur, Dans la musique sainte et dans l’encens qui roule Un torrent de parfums où défaille le cœur,
Tandis que dans la nef tout un peuple en prière Attend en frémissant l’holocauste sanglant, En mes vêtements blancs ruisselants de lumière. De mes mains où flamboie un calice aveuglant,
J’élève vers le ciel le vin de mes souffrances, Le sang divin de ma divine passion, J’élève en frissonnant sur les foules immenses Mon cœur qui se déchire en son oblation.
Peuple, prosterne-toi ! C’est l’heure où Dieu se crée. Ferme les yeux de peur de voir l’Esprit de feu ! Ma bouche a prononcé la parole sacrée Et voici que mon sang et ma chair se font Dieu.
Et tandis que le monde épouvanté devine Un mystère effrayant qui glace tous les cœurs, Seul je mange ma chair de victime divine Et seul je bois le sang de mes vastes douleurs.