Versos French Jacqueline Pascal Vers de Jacqueline Pascal

French poem

Vers de Jacqueline Pascal

by (1625–1661)

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Filis, apaisez vos douleurs ; C’est assez repandre de pleurs Pour la perte de votre amie ; Cessez ce violent transport Qui, s’attaquant à vostre vie, Livreroit la mienne à la mort.

Finissez tous ces desplaisirs ; La mort est sourde à vos soupirs, Comme elle est aveugle à vos larmes. Si le ciel l’eust faicte autrement, Elle eust respecté tant de charmes Qu’elle a destruits en un moment.

Mais quoy ? rien n’eschappe icy bas. Et la laideur et les appas Ressentent ses coups redoutables ; Les heureux, les infortunez, Les innocents et les coupables Sont au mesme but destinez.

Tout est dans l’instabilité ; La plus ferme félicité Se perd dès qu’elle est descouverte ; Et vous mesme enfin quelque jour Ferez pleurer pour votre perte Ceux qui pleurent pour votre amour.

Ce n’est pas que par mon discours Je pretende arrester le cours D’une tristesse raisonnable ; Moi mesme j’ai part au malheur, Et par une pitié louable J’accompagne votre douleur.

J’excuse votre desplaisir, En ce qu’il ne pouvoit choisir Une matiere plus illustre. Chloris fut chef d’œuvre des cieux, Et c’est en son cinquieme lustre Que le destin l’oste à nos yeux.

Mais ce qui peut mieux excuser La douleur que vous peut causer Sa perte trop inopinée, C’est qu’en mourant le ciel voulut Que son heresie obstinée Laissat douter de son salut.

Mais non : sans doute qu’à la mort Son esprit devenu plus fort Receut la celeste lumiere, Et qu’estant presque detaché Du poids de sa masse grossiere Il reconnut d’avoir pesché.

Aussy, grand Dieu, si l’amitié Peut esmouvoir quelque pitié Pour un chef d’œuvre sans exemple, Oyez les vœux que desormais Nous irons faire en vostre temple Pour celle qui n’y fut jamais.

Hélas ! son malheur seulement Causa son endurcissement À vivre dans son heresie ; Et son zele la decevoit, Recevant pour la mieux choisie La foy que son pere approuvoit.

Vous l’enrichites, à nos yeux, De ces dons les plus precieux Dont vous ornez les belles ames ; Et son ardente charité Bruloit de vos divines flammes Son cœur remply de pieté.

Sans cesse elle esperoit en vous, Et toujours son soin le plus doux Estoit de vous estre fidelle. Helas dans son aveuglement, Luy donnates vous tant de zele. Pour la perdre eternellement ?

Mon Dieu, je ne penetre pas Dans les secrets dont icy bas Vous nous ostez la cognoissance ; Mais j’espere en vostre equité, Et crois que votre providence Suit les lois de vostre bonté.

Ainsy, Filis, c’est trop pleurer : Dieu vous permettant d’esperer, Defend une douleur plus ample. Reglez vous sur ses volontez, Et suivez en cela l’exemple De celle que vous regrettez.