French poem
Vers de Jacqueline Pascal
by Jacqueline Pascal (1625–1661)
Execrables auteurs d’une fausse creance, Dont le sein hypocrite enclot un cœur de fiel, Jetez vos foibles yeux sur l’arche d’alliance, Vous la verrez semblable à la royne du ciel.
Comparez leurs beautez et leurs effects estranges, Et puis confesserez avec soumission Que la mere de Dieu, cette royne des anges, Ne peut estre que pure en sa conception.
L’une tient en son flanc le bonheur de nos peres, Et l’autre dans le sien nostre espoir le plus cher ; L’une par son pouvoir divertit leurs miseres, Et l’autre par le sien nous garde de pescher.
Si l’une a faict gagner plusieurs fois des batailles Parce que dans son sein un tresor est caché ; L’autre ne faict pas moins, ayant en ses entrailles De quoy nous faire vaincre et dompter le pesché.
L’arche sainte, conduite en un lieu plein de vice, Des l’abord qu’elle y vient, renverse les faux dieux ; Elle en fuit la demeure, et repute à supplice D’habiter dans un lieu si peu chery des cieux.
Si donc une arche simple et bien moins necessaire Ne sçauroit habiter dans un profane lieu, Comment penseriez-vous que cette sainte mere, Estant un temple impur, fut le temple de Dieu ?
Prince, je prendray soin de vous remercier Pour une jeune muse absente ; Et son age et son sexe ont de quoy convier À porter jusqu’au ciel sa gloire encore naissante. De nos poëtes fameux les plus hardis projets Ont manqué bien souvent d’assez justes sujets
Pour voir leurs muses couronnées ; Mais c’en est un beau [qu’]aujourd’huy Une fille de douze années A seule de son sexe eu des prix sur ce Puy.
Noble fille du ciel, quand ton cœur genereux, Aprez avoir franchi mille pas dangereux, Se sentit consumé d’une divine flamme, Ton esprit transporté trouva son feu si doux Qu’à l’instant tu voulus en bruler ton espoux ; Tu luy fis bonne part des ardeurs de ton ame ; Et toutesfois ton zele alloit toujours croissant. Mais cessons d’admirer cette sainte adventure : Le feu qui te brusloit est de cette nature Que plus on le prodigue et plus il se ressent.
Prince, dont la bonté s’egalant au merite Au plus chetif objet rencontre des appas, Recevant un bonheur que je n’esperois pas, Trouvez bon que ma Muse en revanche s’excite. Je sens son mouvement ; mais, dans cette fureur, Ma foiblesse ne peut exprimer ma ferveur, Ni jusques à quel point cette faveur me touche. Et toutesfois je veux qu’on sçache par ma bouche Les sentiments que j’ay du don que j’ay reçeu. Pour vous, dans cet honneur dont mes vers sont indignes, Vous imitez Jesus dont les bontez insignes Obligent les mortels qui ne l’ont jamais veu.
À bas, à bas ces fleurs ! Vous profanez ce verre. Le fade email de ces couleurs N’est bon que pour des pots de terre. C’est pervertir l’ordre des choses. Un metal si divin N’est pas fait pour des roses : Il est fait pour du vin.
Bannissez le sommeil, belle et chaste Clarice, Ouvrez, ouvrez les yeux et ne permettez pas Que l’on reproche à vos appas De joindre à leur pouvoir cet excez d’injustice Qu’au temps où vos rigueurs me forcent de veiller Vous puissiez sommeiller.
Prenez part aux douleurs dont mon ame est atteinte, Écoutez mes soupirs et voyez ma langueur. Si vous me refusez le cœur, Au moins prestez l’oreille aux accents de ma plainte Et puisque vos rigueurs me forcent de veiller, Cessez de sommeiller.
Imprudent ennemi, vainqueur de foibles ames, Qui n’a pour nous dompter que d’impuissantes flammes ; Deïté sans pouvoir comme sans jugement, Amour, quitte cet arc dont tu nous veux combattre : Son usage inutile, en ton aveuglement, Ne peut blesser que ceux qui se laissent abattre.
Tes feux sont sans effet et tes fleches sans force, Quand le cœur a gousté d’une plus douce amorce, Et lorsque la vertu se le peut asservir ; C’est là le beau rempart qui doit garder une ame, Et c’est le seul moyen dont on se doit servir Pour garantir un cœur du venin de ta flamme.
C’est ce bel ennemi dont l’esclat te surmonte, Dont la beauté sans fard te chasse et te fait honte, À l’abord seulement qu’il s’empare d’un cœur Et c’est le seul lien qui retient ma franchise, Libre de ton servage et de cette rigueur Qui fait que la raison te fuit et te mesprise.
L’esprit le moins subtil est vainqueur de tes charmes ; Il mesprise tes feux sans redouter tes armes, Alors que la raison ternit tes faux attraits. Qui veut te resister est aussytost le maistre, Et si peu de puissance accompagne tes traits, Que qui n’est pas vainqueur veut bien ne le pas estre.
Ce n’est pas que par là je veuille faire entendre Qu’il ne soit pas d’objet capable de nous prendre, Que tous esgalement nous soient indifferens ; Les beaux yeux de Beuvron nous servent d’asseurance Qu’il s’en peut rencontrer qui, sans estre tyrans, Donnent des sentiments hors de l’indifference.
Il est vray que ces yeux sont partout redoutables ; Il est vray que leurs coups, tousjours inevitables, N’ont rien vu dans les cœurs qui leur pust resister. Mais ne te vante point, Amour, de cette gloire ; Ses yeux, quoy qu’assez beaux pour pouvoir tout dompter, Doivent à sa vertu l’honneur de leur victoire.
Ainsi les traits divins dont ils blessent les ames Ne tiennent rien, amour, des gênes ni des flammes Où tu fais succomber tes foibles partisans. Avec eux la raison conserve son usage, Et c’est par ses conseils que les moins complaisans Ont pour eux des respects qui vont jusqu’à l’hommage.
Cesse donc de pretendre à l’empire du monde : C’est à cette beauté qui n’a point de seconde Qu’est reservé l’honneur de vaincre l’univers. Ne combats point du sort les ordres infaillibles, Et pense qu’en cedant à tant d’appas divers On cede à la vertu qui les rend invincibles.