Versos French Jacques Normand 13 (L’autre jour, mon vieil oncle Éloi…)

French poem

13 (L’autre jour, mon vieil oncle Éloi…)

by (1848–1931)

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L’autre jour, mon vieil oncle Éloi, — Oncle du côté de ma mère, — Me dit : « Mon cher ! réjouis-toi ! Je viens de trouver ton affaire ! Famille honnête, bon maintien, Position très établie… Enfin, — ce qui ne gâte rien ! — Elle est jolie ! » — Bravo ! répondis-je, alléché Par le programme du bonhomme ; Mais du moins, avant le péché, Je voudrais voir ce qu’est… la pomme. Cette enfant, — ô mon oncle Éloi ! — Par vous est peut-être embellie ?… — « Non ! va !… tu diras comme moi : Elle est jolie ! » — Eh bien, soit ! Faites-la-moi voir… Ménagez-nous quelque soirée Suivant l’usage, en habit noir, Simple et nullement préparée. Je contemplerai de plein gré Cette jeune fille accomplie… Et peut-être aussi je dirai Qu’elle est jolie ! Ce soir, — vous l’avez deviné Rien qu’à ma superbe tenue, — Par mon oncle je fus mené Dans une maison inconnue. On dansait. Il me dit : « Voici ! » La salle était toute remplie… — Où ? — Là-bas ! — J’y suis ! Voyons si Elle est jolie ! Et je regardai, longuement. Eh bien… Mais j’ai grand tort peut-être De formuler mon jugement Quelqu’un ici peut la connaître ? « Non ! » me répondez-vous… — Qui sait ? D’ailleurs, est-ce chose polie De décider ainsi qu’elle est Ou non jolie ? Je m’étais toujours dit : Je veux Une femme brune… elle est blonde. Des yeux noirs… elle les a bleus. Très mince… elle a la taille ronde. Petite… elle est grande vraiment ! Très rose… elle est plutôt pâlie… « Bah !… répondrez-vous, du moment Qu’elle est jolie ! » Puisque vous tenez tant, mon Dieu, À mon opinion formelle, Je dirai qu’en cherchant un peu On doit trouver aussi bien qu’elle. Non !… ce n’est point une beauté Que l’on adore à la folie, Dont on dit, d’un air exalté : « Qu’elle est jolie ! » Non !… ce n’est point du tout cela… L’enfant n’est pas une merveille… Mais laide, non !… bien loin de là ! Ce qu’elle a de mieux, c’est l’oreille ! Son nom, — je vous le dis tout bas, — Me paraît d’un fade : Julie !… Mais du moins si Julie, hélas ! Était jolie ! Réfléchissons un peu, pourtant, Avant d’abandonner l’affaire… Est-il tout à fait important Disons même plus… nécessaire De prendre pour femme, entre nous, La jeune fille qu’on publie Partout et de l’aveu de tous Comme jolie ? Est-ce un plaisir à souhaiter Quand dans le monde on se transporte Avec sa femme, d’écouter Deux messieurs causant de la sorte : « Dis donc… la dame en bleu… tu sais… — Je crois bien, mon cher… accomplie ! Un dos !… des bras !… un vrai succès !… Et puis, jolie ! » Vrai ! cela me déplairait fort ! Agissons donc avec prudence ! Julie, assez froide à l’abord, Est-elle laide, en conscience ? Magnifique dot, paraît-il, Position bien établie… Elle me paraît de profil Presque jolie ! En outre, — point essentiel, — C’est une famille choisie… Le beau-père est un pot de miel, La belle-mère une ambroisie. À ce couple rare et charmant Heureux celui-là qui s’allie ! Allons !… elle est décidément Assez jolie ! Assez !… qu’ai-je dit ?… C’est trop peu Plus j’y songe, et plus son image Comme un rayon paisible et bleu Sortant de l’ombre, se dégage… La grand’tante, — un bon million ! — Est, m’a-t-on dit, très affaiblie… Laide ?… elle !… quelle illusion ! Elle est jolie !! J’avais regardé de travers Sans doute, et me trompais moi-même… Maintenant les cieux sont ouverts Et je sens déjà que je l’aime ! Oui, certes, je l’épouserai… Tu seras ma femme, ô Julie ! Cher oncle Éloi, vous disiez vrai : Elle est jolie !!!