Versos French Jacques Normand 13 (Un soir un ver luisant, en…)

French poem

13 (Un soir un ver luisant, en…)

by (1848–1931)

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Un soir un ver luisant, en quête d’aventure, Sur le bord d’un sentier brillait dans la verdure. Près de ces lieux voici venir Un enfant — on l’a dit, cette race est barbare. — « Un ver luisant ! c’est chose rare ! S’écria-t-il, et m’en saisir Serait un fait très-méritoire Presque une gloire, Et, dans tous les cas, un plaisir ! » Ainsi dit, ainsi fait. La vivante étincelle Est prise par l’enfant qui l’emporte, joyeux, Comme un trésor précieux À la maison paternelle. Là, sous un verre épais l’insecte est enfermé : Le conquérant pousse des cris de joie En contemplant sa proie Et le rayonnement de son corps enflammé : « Ah ! se dit-il, quelle lumière ! C’est plus beau qu’un diamant ! Je n’ai jamais vu, vraiment, Rien d’aussi brillant sur terre : C’est un éclat sans pareil ! Un morceau du grand soleil ! » Et l’enfant s’endormit, rempli de la pensée Qu’il avait découvert un astre… pour le moins. Le lendemain, la nuit enfin passée, Dès qu’il fit jour, ses premiers soins Furent de se lever bien vite Et d’aller rendre une visite À son astre d’hier au soir… Mais, ô douleur ! il ne put voir Qu’un affreux ver, rampant et noir, Une horrible petite bête Qui se tordait dans sa prison Sans éclat, sans feux, sans rayon… Il en pensa perdre la tête Et l’écrasa sous son talon. Telle est chez les humains du mensonge l’image : Le poltron vantant son courage, L’hypocrite sa loyauté, Le traître son honneur, l’avare sa bonté, Vers luisants ! Vers luisants ! On s’y fiera peut-être : Mais que le jour vienne à paraître Le faux éclat s’éteint, et l’on peut voir à fond Ce qu’ils sont. Furieuse d’avoir pu croire À leur parole dérisoire La foule écrase avec férocité Leur âme qui se tord, hideuse et toute noire, Au soleil de la Vérité !