French poem
14 (Une après-midi tiède et grise……)
by Jacques Normand (1848–1931)
Une après-midi tiède et grise… Pas de soleil et nulle brise.
Le ciel, d’un bleu noir incertain, Semble un grand dôme de satin,
Et l’air, où le corps se dilate, A des enroulements d’ouate…
Par ce temps câlin et berceur Tout est repos, calme, douceur.
Seule, une fusillade brève Trouble ce silence de rêve…
Tir aux pigeons. On aperçoit Sous la ligne mince du toit,
Ainsi que des marionnettes Dressant leurs découpures nettes,
Les tireurs corrects, buste droit, Se succédant au même endroit.
Tache sombre sur l’herbe verte Sitôt qu’une boîte est ouverte
L’oiseau s’envole épouvanté… Mais le plomb l’a vite arrêté.
Humble petite chose molle Tombe la pauvre bestiole…
Le chien l’emporte en gambadant Et l’achève d’un coup de dent.
Et pendant des heures entières Ces fusillades régulières
Mettent, par leur bruit sec et clair, Comme un agacement dans l’air.
De cette inutile tuerie L’âme vaguement attendrie,
On en veut à l’homme cruel Qui, sous la douceur du grand ciel,
Fait des hécatombes suivies De ces pauvres petites vies
Et pour distraire un vague ennui Sème la mort autour de lui…
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