Versos French Jacques Normand 15 (OR çà, nous avons banqueté…)

French poem

15 (OR çà, nous avons banqueté…)

by (1848–1931)

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OR çà, nous avons banqueté, Chers camarades, la gaîté Pétillant au fond de nos verres Nous a tous mis en bel entrain : Voici le moment du refrain, Du refrain si cher à nos pères ! Entonnons-le gaillardement, Sans autre souci du solfège : Fêtons le souvenir charmant, Le souvenir du Vieux collège !

Et d’abord, qu’il me soit permis De déplorer, — ô mes amis ! — Que notre bien-aimé poète, Notre Nadaud, ne soit point là Pour chanter cet Alleluia Et pour égayer cette fête ! À Nadaud devait revenir Plus qu’à moi, le doux privilège De célébrer le souvenir De notre cher et Vieux collège !

Mais puisque, loin de nos frimas, L’ingrat s’en va là-bas, là-bas, Passer les durs mois de l’année, Et, paresseux, en plein soleil, Se mire dans ton flot vermeil, — Ô douce Méditerranée ! — Puisqu’il est absent aujourd’hui, Malgré la crainte qui m’assiège, Je vais pour lui, — moins bien que lui ! — Chanter le cher et Vieux collège !

Savez-vous qu’il est vraiment beau, Mes amis, le Rollin nouveau Ceint de sa coquette muraille, Et semble du dernier galant, Ainsi qu’un gommeux, étalant Son plastron de pierre de taille ? Oui, certes, il a de grands airs, Sous le ciel pur ou sous la neige, Et nous avons droit d’être fiers De notre cher et Vieux collège !

Mais parfois nous pensons aussi, Nous qui pour la plupart, ici, Connaissons le « Cap de Trentaine », Nous pensons souvent, n’est-ce pas, À l’ancien Rollin de là-bas, Grand-père du Rollin-Trudaine ? Du Rollin des Postes souvent Le ressouvenir nous assiège, Et nous croyons, tout en rêvant, Revivre en notre Vieux collège !

Voici les cours soudainement Pleines d’un joyeux mouvement À l’heure où finissait la classe ; Voici la fontaine, où pendait Un vaste et superbe godet Bien avant le godet Wallace ; Voilà le luxueux parloir, Où quelquefois, — ô sacrilège ! — Des visiteuses à l’œil noir Venaient troubler tout le collège !

Voilà l’horloge, où chaque jour Nous envoyions avec amour De terribles grêles de balles… Pauvre cadran, qui, noir de coups, Nous a donné les avant-goûts Des cibles territoriales ! L’hiver, voilà le grand conflit Dans la cour, à boules de neige ; L’été, voilà les bains Petit, Où barbotait tout le collège !

Voilà l’étude aux murs de chaux, Où nous potassions nos bachots Sous la lampe fumeuse et pâle ; Où le nez dans nos Thesaurus, Nous faisions des sommes en us Avec une ardeur sans égale ! Où sur nos pupitres très durs Nous gravions nos noms par cortège, Pour léguer aux siècles futurs Le livre d’or du Vieux collège !

Voilà le réfectoire, enfin, Où, pour apaiser notre faim, Pour aiguiser nos dents novices, Jamais, — même aux jours de régal ! — Le cuisinier municipal Ne nous a servi d’écrevisses ! Si depuis, en vers insensés, L’un de nous, — que le ciel protège ! — A célébré ces crustacés… Lui pardonne le Vieux collège !

Heureux temps, où notre souci Était d’avoir bien réussi Quelques versions ingénues, Où, dans notre conjugaison, Gaillard père ou Père Loyson Étaient formules inconnues ! Où, sans souci du lendemain, Troupeau que la jeunesse agrège, L’esprit frais, le cœur sur la main, Nous aimions notre Vieux collège !

Heureux temps, plein d’illusions, Où, tout naïfs, nous traduisions L’harmonieuse bucolique, L’apostrophe à Catilina… Où nous ignorions les Nana Et ne parlions pas politique ! Heureux temps, où des cheveux teints, Enfants, nous méprisions le piège, Et n’avions point d’autres lointains Que les vieux murs du Vieux collège !

Heureux temps, où nous pensions peu Soldats, aller un jour au feu Défendre la France meurtrie ; Où jamais nous n’aurions cru voir, Aux sombres jours de désespoir, Saigner le cœur de la Patrie… Hélas ! combien de nous, frappés Dans cette guerre sacrilège, Avec nous seraient occupés À fêter notre Vieux collège !

Heureux temps, vite évanoui ! Sachons donc, amis, aujourd’hui, Nous que son souvenir rassemble, Le célébrer avec élan : Quand on se voit une fois l’an, C’est bien le moins qu’on crie ensemble : « Vive Rollin ! » — Cris triomphants Que nos enfants, — Dieu les protège ! — Répéteront à leurs enfants : « Vive le cher et Vieux collège ! »