French poem
31 (Au petit trot, par batterie…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Au petit trot, par batterie, Un régiment d’artillerie Défile en un sourd roulement : Le colonel chevauche en tête ; Joyeux comme pour une fête, Les hommes vont résolument.
Quittant femmes, filles ou mères, Refoulant les larmes amères Dont s’amollissent les adieux, Haut les cœurs et droites les tailles, Ils marchent aux rudes batailles… Et la Victoire est dans leurs yeux.
En leur bonne humeur qui subsiste, Ils savent, malgré l’heure triste, Unir les gaîtés aux douleurs : À chaque caisson, chaque pièce, Ils ont accroché l’allégresse Des petits drapeaux et des fleurs.
Sur le dur pavé de la rue, — Tandis que la foule accourue Acclame ces vaillants soldats, — Les drapeaux et les fleurs ensemble Font comme un long serpent qui tremble Et glisse au milieu des hourras.
Petits drapeaux de pacotille Dont l’élégance humble et gentille Se déroule en légers frou-frous ; Vous qui ne comptiez d’autres gloires Que d’être achetés dans les foires, Le dimanche, pour quelques sous ;
Petits drapeaux de forme drôle, Voici que, soudain, votre rôle S’est tragiquement agrandi ; Jouets d’enfant aux mains des hommes, Par ces temps de fièvre où nous sommes, Sous l’ardent soleil de midi,
En votre frémissement rose Aujourd’hui je vois autre chose Que de vulgaires oripeaux, Car c’est, pour mon âme attendrie, Toute l’âme de la Patrie Qui flotte en vous, petits drapeaux !