French poem
33 (Leste comme un perdreau qui trotte…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Leste comme un perdreau qui trotte Au jour levant, À la main tenant sa marotte, Le nez au vent, Secouant la gaîté jolie De ses grelots, Un beau matin, dame Folie, Le long des flots De la mer ourlée en dentelle Qui chantonnait, Sans savoir où, droit devant elle Se promenait. Soudain, au détour d’une roche, Sur son chemin Une vieille femme s’approche, Et tend la main. Sur ce cadavre qui mendie En ses haillons, Le soleil verse l’incendie De ses rayons. Le pas joyeux de la Folie S’est arrêté : « Qui donc es-tu, je t’en supplie ? — La Pauvreté. Quand tout sourit, moi je suis seule Triste à mourir ; Personne ne veut, pauvre aïeule, Me secourir. — Personne, dis-tu ? Quel blasphème ! Tais-toi ! tais-toi ! Pour alléger ta peine extrême Je suis là, moi ! » Et, s’irritant contre un reproche Immérité, Dame Folie ouvre sa poche Avec fierté… Vide, grand Dieu ! tout à fait vide ! Le Carnaval Vient de finir et, monstre avide, L’a mise à mal. Que faire, hélas ? quel parti prendre ? Oui, quel moyen De témoigner d’une âme tendre, Quand on n’a rien ? Rien ?… Rien ?… — Si fait ! Dame Folie Possède encor Sur sa jupe au soleil pâlie Ses grelots d’or. Elle les arrache, très prompte, Et d’un ton doux : « Prends, pauvre femme, prends sans honte Ces vains joujoux ! Ils ont l’air, en dansant leur ronde, De rire entre eux… Mais comme les plaisirs du monde, Vois, ils sont creux ! — Sois bénie, ô toi qui m’assistes ! » Dit en tremblant La sombre vieille aux regards tristes, Au front tout blanc. Quand à ce point ton cœur s’oublie En sa bonté, Tu ne t’appelles plus Folie, Mais Charité ! »