Versos French Jacques Normand 34 (Pour te dire ce que je…)

French poem

34 (Pour te dire ce que je…)

by (1848–1931)

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Pour te dire ce que je sens Près de toi, mon unique amie, Trop faibles seraient mes accents Et ma voix trop mal affermie.

Pour te dire quels sont mes maux Loin de toi, quel souci m’oppresse, Insuffisants seraient les mots Cherchant à peindre la tristesse…

Ah ! sache-le ! sache-le bien ! Il est des tendresses humaines Que rien ne peut exprimer, rien Que tout le sang pur de nos veines !

Pour te répondre j’aime mieux Prendre ta main effarouchée, Plonger droit mes yeux dans tes yeux, Et, la tête sur toi penchée,

Doucement, longuement, poser Sur ta bouche aux lèvres de flamme Un baiser, un loyal baiser Qui t’ouvrira toute mon âme.

Alors tu pourras à ton gré Y lire qu’elle est toute tienne, Et que dans mon être enivré Il n’est rien qui ne t’appartienne ;

Tu pourras y voir à quel point Ta vie en ma vie est passée ; Qu’en dehors de toi je n’ai point De souvenir ni de pensée ;

Que mon passé s’est consumé À ton approche, de lui-même, Et que je n’ai jamais aimé Que depuis le jour où je t’aime !

Jour adorable où ta beauté M’apparut, forme exquise et douce, Sous laquelle vit ta bonté Ainsi que la fleur sous la mousse !

Tu verras aussi qu’il nous faut, Puisque même est notre tendresse, Nous aimer gaîment, le cœur haut, Sans soupçon comme sans faiblesse ;

Que narguant le doute moqueur, Croyant aux choses éternelles, Il nous faut goûter le bonheur Des confiances mutuelles,

Et dans ce monde seuls tous deux Quand l'un près de l’autre nous sommes, Oublier, les yeux dans les yeux, Le temps, les choses et les hommes !

Voilà ce que ton cœur lira Dans ce cœur que je t’abandonne ; Voilà tout ce que te dira Ce bon baiser que je te donne :

Pour me répondre, rends-le-moi, Et, dans une extase infinie, Tu sentiras vibrer en toi À ton âme mon âme unie !