French poem
35 (Dans le ciel transparent que le…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Dans le ciel transparent que le couchant colore, Une étoile paraît, timide et seule encore, Comme un œil scintillant aux portes de la nuit. Seul moi-même, suivant le hasard de mon rêve, Assis sur un rocher au-dessus de la grève, Je regarde, songeur, ce point fixe qui luit.
Et je me dis : « Combien, avant moi, d’autres hommes, Depuis les premiers temps de ce monde où nous sommes, Près de la même grève ont rêvé, soucieux : Vers ce même astre clair qui sur l’horizon rose Ainsi qu’un clou d’argent étincelle et se pose, Combien d’autres mortels ont élevé les yeux ?
Quel était donc leur but en fixant cette étoile ? Espéraient-ils jamais percer le sombre voile Qui d’un monde inconnu nous cache la clarté ? Vermisseaux inquiets s’agitant sur la terre, Voulaient-ils arracher à l’astre le mystère Enviable et lointain de sa placidité ?
N’était-ce pas plutôt dans ces moments d’ivresse Où tout l’être exalté déborde de tendresse Que leurs regards montaient vers la pâle lueur ? Ne la prenaient-ils pas pour douce confidente De leurs espoirs comblés, et, d’une voix ardente, Ne lui contaient-ils pas l’histoire de leur cœur ?
Partez, envolez-vous vers les profondes voûtes, Tristesses et bonheurs, espérances et doutes, Grandiose soupir de ce monde anxieux ! De tout temps, isolé dans sa faiblesse extrême, L’homme chercha là-haut comme un autre lui-même : La joie et la douleur font regarder les cieux.