Versos French Jacques Normand 6 (Oh ! que c’est triste et…)

French poem

6 (Oh ! que c’est triste et…)

by (1848–1931)

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Oh ! que c’est triste et froid les grand’gardes, la nuit ! Se sentir seul, perdu, vibrant au moindre bruit, Si frêle, si petit dans l’immensité sombre ! Et les réveils soudains, les alertes sans nombre !… « Aux armes ! aux créneaux ! » On écoute, on attend, Et puis rien… Fatigué, de nouveau l'on s’étend, La tête sur le sac et maudissant la guerre. S’endort-on ? aussitôt une main peu légère Vous pousse, vous secoue ; aussitôt une voix Vous dit : « C’est votre tour ; allons, numéro trois ! »

Le pauvre numéro bâille, ouvre la mâchoire, Se lève en murmurant : « Dieu, que c’est beau, la gloire !… »

Mais quand le ciel pâlit, quand sur les prés déserts Le brouillard du matin glisse, et que dans les airs L’aurore a déployé son écharpe orangée, Adieu fatigue, ennui : de l’âme soulagée Le découragement s’envole, et nous croyons Voir surgir la Victoire, au front ceint de rayons !