French poem
9 (Terrains rouges, pelés ; tristes oliviers…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Terrains rouges, pelés ; tristes oliviers gris S’éplorant dans le deuil de leurs bras rabougris ; Mûriers verts, longs cyprès en files régulières Donnant aux champs l’aspect de petits cimetières Où l’on attend toujours, fredonnant son couplet, Noir sur un ciel sanglant, le fossoyeur d’Hamlet ; Maisons aux toits mesquins, aux fenêtres étroites, Dans quelque coin d’enclos se dressant toutes droites, Toutes raides, avec un faux air de prison ; Routes blanches, montant vers le morne horizon Sèchement, sans ruisseaux, sans ombre, sans verdure ; Rien de frais, de riant, de tendre : une nature Ingrate, indifférente à l’esprit comme aux yeux… Et cependant un charme exquis, mystérieux, Et la gaîté sortant, rayonnante et superbe, Du moindre pan de mur et du moindre brin d’herbe.
Ô lumière, sourire et grâce du Midi, C’est toi qui d’un seul coup de ton pinceau hardi Sais métamorphoser cette nature plate Et jeter sur ce deuil ton manteau d’écarlate ! Eh parbleu !… n’es-tu pas du pays provençal ? Sous tes rayons, le grand devient le colossal, Le laid s’élève au beau, le noir se fond en rose… D’un peu, tu fais beaucoup — et de rien, quelque chose !