Versos French Jacques Normand 9 (Foin du travail et des ennuis…)

French poem

9 (Foin du travail et des ennuis…)

by (1848–1931)

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Foin du travail et des ennuis ! Je me sens le cœur tout en fête ! Je ne sais pourquoi, mais je suis En gaîté des pieds à la tête !

Je vais vivre comme un rentier Aujourd’hui, jusqu’à la nuit close ! Au diable patron, atelier ! À bas le noir ! vive le rose !

Avec les vrais amis, je veux Ce soir, boire verre sur verre ! Et si je me brouille les yeux, Ma foi !… je dormirai par terre !

À la barrière, par là-haut, J’ai découvert, l’autre dimanche, Un certain Argenteuil, qui vaut La peine de lever la manche.

Aujourd’hui, mon joli clairet, Je veux te fêter d’importance… Et pour l’avenir, je suis prêt À cultiver ta connaissance.

À tous les amis je dirai : Qu’on se dépêche et qu’on arrive ! Il faut ce soir, bon gré, mal gré, Que je sois… gai comme une grive !

Un bon dîner, dans les salons, Un vin qu’aisément on avale… Ce menu vous va-t-il ? — Allons ! Acceptez : c’est moi qui régale !

Ils accepteront, c’est certain ! Je les connais, les camarades. Alors, en avant le festin, Le bon vin à pleines rasades,

Le couplet grivois ou moqueur Qui s’échappe de la bouteille, Et qu’on répète tous en chœur, Au dessert, assis sous la treille !

Or çà, partons vite d’ici ! Mais avant de me mettre en course, Je n’ai rien oublié ?… Non !… Si ! Parbleu ! j’allais laisser ma bourse !

Ma bourse ?… Eh ! sans doute ! Il faut bien La prendre… Diable ! Elle est légère… Et le dîner n’est pas pour rien Au cabaret de la barrière !

Mais je régale ! C’est promis ! Promis ?… Je n’ai rien dit, en somme ! Et si je traite mes amis, C’est que je suis un fort brave homme !

Les amis… Peuple bien changeant, Bien ingrat, et qui ne sert guères Qu’à vous demander de l’argent… Ainsi que les propriétaires !

Le mien m’a dit tout justement, — Avec des paroles très fermes, — De payer, pour mon logement, Au moins la moitié de mes termes.

L’avare !… Je n’en dois que trois ! Comprenez-vous cette insistance ?… Si l’on ne résistait, je crois Qu’il vous ferait payer d’avance !

Il faudra pourtant bien payer… Ma femme a promis de le faire ! Ma femme !… Encore un beau loyer ! Mais, hélas ! sans sous-locataire !

Une bavarde, qui voudrait Me voir pleurer dès qu’elle pleure, Et, quand je vais au cabaret, Me sermonne pendant une heure !

Non ! tout n’est pas rose vraiment Dans ce pauvre monde où nous sommes : Ce n’est pas pour leur agrément Que le bon Dieu créa les hommes !

Au moins aurait-il dû penser, — Cela lui soit dit sans reproche, — Quand il les fit, à leur laisser Toujours de l’argent dans leur poche !

Non ! sur la terre, rien de beau… Je suis triste… j’ai l’âme en peine… Et si je pouvais souffrir l’eau, Je me jetterais à la Seine !