Versos French Jean Aicard Le Cyrénéen

French poem

Le Cyrénéen

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Au retour de son champ, Simon de Cyrénée, Comme tombait Jésus, au pied du Golgotha, Sautant à bas de son pauvre ânon, s’arrêta Et cria tout à coup à la foule étonnée:

«N’avez-vous point de honte, ô gens de peu de cœur, De lui faire porter le bois de son supplice? Cœurs froids et durs! pas un que sa peine attendrisse!» Mais tous lui répondaient par un rire moqueur.

Alors il leur jeta l’insulte après l’insulte Et l’imprécation, fureur de sa bonté! Mais le peuple, à son tour, follement irrité, L’entoura de menace et de cris en tumulte.

--Si vous chargiez ainsi votre âne, il tomberait! Vous voyez que cet homme est faible; elle est trop lourde!» Et Simon criait fort, mais la foule était sourde, Et le dieu défaillant le bénit en secret.

Sous le fardeau, Jésus, relevé, tombe encore; Et comme on est pressé d’atteindre au haut du mont La foule a mis la croix sur le dos de Simon Qui, penché vers Jésus, à voix basse l’honore:

«Eh bien, tant mieux! dit-il. Vois-tu, je sais ton nom. On m’a dit ta parole, et ce m’est douce chose De porter un moment ta croix. Ça te repose... Mais, pendant ce temps-là, qui va soigner l’ânon?»

A ce mot simple, au ton de ces paroles calmes, Le Maître a tout revu dans un songe obscurci: Bethléem et la fuite au désert, comme aussi Le triomphe d’un jour sur l’âne, et sous les palmes.

Et Simon leur criait: «N’avais-je pas raison De vous dire qu’elle est trop lourde? elle m’écrase!... Jésus, laisse-moi faire!...» Et Jésus, en extase, S’arrêtant, regardait plus loin que l’horizon.