Versos French Jean Aicard Le Cadi

French poem

Le Cadi

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Le plus sage se trompe; un enfant le confond; Dieu seul peut être juste: il voit les cœurs au fond; C’est pourquoi la clémence humaine est chose sainte. Un bon juge est toujours plein de trouble et de crainte, Sachant qu’il ne peut pas être juste longtemps, Fût-il sage parmi les sages éclatants. Tel est un bon nageur, si bon qu’on le proclame, Adroit et fort, habile à bien couper la lame, Mais qui seul au milieu des grands flots inconstants, En pleine et haute mer ne nage pas longtemps. On raconte qu’Ali-Shérif était si sage Qu’on le nomma cadi (juge) dans son grand âge. --«C’est pour te faire honneur, ami, dit le sultan, Et pour aider à la justice... Es-tu content?» Mais le sage, frappant du visage la terre, S’écria: «J’ai vécu ma longue vie austère, Juste, dit-on, mais seul!--j’ai respecté la loi... Mais je n’ai point jugé d’autres hommes que moi! Oh! par pitié, grand Dieu! (secours-moi, saint Prophète!) Si j’ai su vénérer la justice parfaite, Épargne la misère à ton vieux serviteur De punir l’innocent, de louer l’imposteur, Et cela pour avoir trop aimé la justice! O Dieu! que ta bonté suprême compatisse!... Ne me condamne pas à ce terrible honneur!»

Et ce vieillard mourut, exaucé du Seigneur.