Versos French Jean Aicard Le Cimetière

French poem

Le Cimetière

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Le cimetière où je vivrai De la vie heureuse des choses, Sera plein de lys et de roses: Un jardin touffu comme un pré.

S’il n’a point de roses, n’importe: Il sera plein de hauts chardons; L’herbe folle des abandons Vivra de ma poussière morte.

Il sera, j’espère, pareil A ceux des enfants du Prophète, Où les oiseaux chantent la fête De l’eau, de l’ombre et du soleil.

Là, sur la tombe en pierre blanche, On a creusé pour les oiseaux Deux trous où s’amassent les eaux, Où la tourterelle se penche.

L’Arabe y verse l’eau des puits Quand l’eau du ciel est épuisée: Par ces deux yeux,--pluie ou rosée,-- Les tombeaux regardent les nuits.

Sous l’herbe épaisse qui les voile, On voit, mystérieux et beaux, Dans la nuit briller ces tombeaux Où repose une double étoile.

Le mort semble dire au passant: «Moi, je ne verrai plus l’aurore... Mais tout doit vivre, aimer encore: Oubliez-moi, je suis l’absent!

«Oubliez ceux qui sont des âmes, Vivez, vous qui traînez les corps! Aimez-vous en paix sur les morts, Jeunes hommes et jeunes femmes!

«Vous qui connaissez le désert Où la soif horrible--torture, Donnez aux oiseaux de l’eau pure, Et l’ombre d’un grand chardon vert!»

C’est pourquoi les tombeaux fidèles, Le jour, sont pleins d’oiseaux posés, Et, la nuit, d’un bruit de baisers Et de petits battements d’ailes.