French poem
Prélude
by Jean Aicard
Par les bois, où s’en va la belle, Le soir, le jour, de bon matin? Même la nuit, que cherche-t-elle? Le laurier, la sauge ou le thym?
Si c’est le trèfle à quatre feuilles Que tu vas cherchant tout le jour, Dis-nous, la belle, où tu le cueilles? «--Non, monsieur; c’est l’herbe d’amour.»
Ah! mauvaise herbe vite pousse! Celle-ci vient comme un poison. On dit qu’elle est amère et douce; On la cueille en toute saison.
Dans tous les pays de la terre, L’herbe d’amour verdit, fleurit. Elle aime le coin solitaire Où le rossignol fait son nid.
Sur les toits, avec les colombes, Les moineaux la becquent parfois; On la voit verdir sur les tombes Dans le clos où poussent les croix.
Qui dit amour dit herbe folle, Fleur de folie et d’abandon, Qui dans le vent s’envole et vole Comme l’aigrette du chardon.
Sur la mer, à bord du navire, On la voit passer dans le vent... Peut mourir qui trop la respire Car elle germe au cœur vivant!
Elle viendra dans ton cœur même, Sans que tu puisses l’arracher; Le vent, qui va partout, la sème Dans le sable et sur le rocher.
Ne la cherche pas tant, ma belle; Tu pourrais ne la trouver pas! Mais quand tu ne voudrais plus d’elle Elle verdirait dans tes pas!
C’est la mauvaise herbe vivace Qui console en donnant la mort... Les glaciers en ont sous la glace; Elle est au Sud, elle est au Nord!
C’est le gui, peut-être le lierre, Et, nous morts, tant qu’il fera jour, Verdira sur notre poussière L’herbe d’amour, l’herbe d’amour!