French poem
Amymone
by Jean-Baptiste Rousseau (1670–1741)
Sur les rives d’Argos, près de ces bords arides Où la mer vient briser ses flots impérieux, La plus jeune des Danaïdes, Amymone, imploroit l’assistance des Dieux : Un Faune poursuivoit cette belle craintive ; Et levant ses mains vers les cieux, Neptune, disoit-elle, entends ma voix plaintive, Sauve-moi des transports d’un amant furieux :
À l’innocence poursuivie, Grand Dieu, daigne offrir ton secours ; Protége ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.
Hélas ! ma prière inutile Se perdra-t-elle dans les airs ? Ne me reste-t-il plus d’asile Que le vaste abîme des mers ?
À l’innocence poursuivie, Grand Dieu, daigne offrir ton secours ; Protége ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.
La Danaïde, en pleurs, faisoit ainsi sa plainte, Lorsque le Dieu des eaux vint dissiper sa crainte ; Il s’avance, entouré d’une superbe cour : Tel, jadis, il parut aux regards d’Amphitrite, Quand il fit marcher à sa suite L’Hyménée et le Dieu d’amour. Le Faune, à son aspect, s’éloigne du rivage ; Et Neptune, enchanté, surpris, L’amour peint dans les yeux, adresse ce langage À l’objet dont il est épris :
Triomphez, belle princesse, Des amants audacieux : Ne cédez qu’à la tendresse De qui sait aimer le mieux.
Heureux le cœur qui vous aime, S’il étoit aimé de vous ! Dans les bras de Vénus même, Mars en deviendroit jaloux.
Triomphez, belle princesse, Des amants audacieux : Ne cédez qu’à la tendresse De qui sait aimer le mieux.
Qu’il est facile aux Dieux de séduire une belle ! Tout parloit en faveur de Neptune amoureux ; L’éclat d’une cour immortelle, Le mérite récent d’un secours généreux. Dieux ! quel secours ! Amour, ce sont là de tes jeux. Quel Satyre eût été plus à craindre pour elle ?
Thétis, en rougissant, détourna ses regards ; Doris se replongea dans ses grottes humides, Et, par cette leçon, apprit aux Néréides À fuir de semblables hasards.
Tous les amants savent feindre ; Nymphes, craignez leurs appas : Le péril le plus à craindre Est celui qu’on ne craint pas.
L’audace d’un téméraire Est aisée à surmonter : C’est l’amant qui sait nous plaire Que nous devons redouter.
Tous les amants savent feindre ; Nymphes, craignez leurs appas : Le péril le plus à craindre Est celui qu’on ne craint pas.