Versos French Jean-Baptiste Rousseau Bacchus

French poem

Bacchus

by (1670–1741)

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C’est toi, divin Bacchus, dont je chante la gloire Nymphes, faites silence, écoutez mes concerts. Qu’un autre apprenne à l’univers Du fier vainqueur d’Hector la glorieuse histoire ;

Qu’il ressuscite, dans ses vers, Des enfants de Pélops l’odieuse mémoire : Puissant Dieu des raisins, digne objet de nos vœux, C’est à toi seul que je me livre ; De pampres, de festons, couronnant mes cheveux, En tous lieux je prétends te suivre ; C’est pour toi seul que je veux vivre, Parmi les festins et les jeux.

Des dons les plus rares Tu combles les cieux ; C’est toi qui prépares Le nectar des Dieux.

La céleste troupe, Dans ce jus vante, Boit à pleine coupe L’immortalité.

Tu prêtes des armes Au dieu des combats ; Vénus sans tes charmes Perdroit ses appas.

Du fier Polyphême Tu domptes les sens ; Et Phébus lui-même Te doit ses accents.

Mais quels transports involontaires Saisissent tout à coup mon esprit agité ? Sur quel vallon sacré, dans quels bois solitaires Suis-je en ce moment transporté ? Bacchus à mes regards dévoile ses mystères. Un mouvement confus de joie et de terreur M’échauffe d’une sainte audace ; Et les Ménades en fureur N’ont rien vu de pareil dans les antres de Thrace.

Descendez, mère d’Amour ; Venez embellir la fête Du Dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour. Descendez, mère d’Amour ; Mars trop long-temps vous arrête.

Déjà le jeune Sylvain, Ivre d’amour et de vin, Poursuit Doris dans la plaine ; Et les Nymphes des forêts, D’un jus pétillant et frais Arrosent le vieux Silène.

Descendez, mère d’Amour ; Venez embellir la fête Du Dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour. Descendez, mère d’Amour ; Mars trop long-temps vous arrête.

Profanes, fuyez de ces lieux : Je cède aux mouvements que ce grand jour m’inspire. Fidèles sectateurs du plus charmant des Dieux, Ordonnez le festin, apportez-moi ma lyre :

Célébrons entre nous un jour si glorieux. Mais, parmi les transports d’un aimable délire, Éloignons loin d’ici ces bruits séditieux Qu’une aveugle vapeur attire : Laissons aux Scythes inhumains Mêler dans leurs banquets le meurtre et le carnage : Les dards du Centaure sauvage Ne doivent point souiller nos innocentes mains.

Bannissons l’affreuse Bellone De l’innocence des repas : Les Satyres, Bacchus, et Faune Détestent l’horreur des combats.

Malheur aux mortels sanguinaires, Qui, par de tragiques forfaits, Ensanglantent les doux mystères D’un Dieu qui préside à la paix !

Bannissons l’affreuse Bellone De l’innocence des repas : Les Satyres, Bacchus, et Faune Détestent l’horreur des combats.

Veut-on que je fasse la guerre ? Suivez-moi, mes amis ; accourez, combattez. Remplissons cette coupe, entourons-nous de lierre. Bacchantes, prêtez-moi vos thyrses redoutés. Que d’athlètes soumis ! que de rivaux par terre ! Ô fils de Jupiter, nous ressentons enfin Ton assistance souveraine : Je ne vois que buveurs étendus sur l’arène, Qui nagent dans des flots de vin.

Triomphe ! victoire ! Honneur à Bacchus ! Publions sa gloire. Triomphe ! victoire ! Buvons aux vaincus.

Bruyante trompette, Secondez nos voix, Sonnez leur défaite : Bruyante trompette, Chantez nos exploits.

Triomphe ! victoire ! Honneur à Bacchus ! Publions sa gloire. Triomphe ! victoire ! Buvons aux vaincus.