Versos French Jean-Baptiste Rousseau Contre l’hiver

French poem

Contre l’hiver

by (1670–1741)

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Arbres dépouillés de verdure, Malheureux cadavres des bois, Que devient aujourd’hui cette riche parure Dont je fus charmé tant de fois ? Je cherche vainement, dans cette triste plaine, Les oiseaux, les zéphyrs, les ruisseaux argentés: Les oiseaux sont sans voix, les zéphyrs sans haleine, Et les ruisseaux dans leur cours arrêtés. Les aquilons fougueux régnent seuls sur la terre; Et mille horribles sifflements Sont les trompettes de la guerre Que leur fureur déclaré à tous les éléments.

Le Soleil, qui voit l’insolence De ces tyrans audacieux, N’ose étaler en leur présence L’or de ses rayons précieux.

La crainte a glacé son courage, Il est sans force et sans vigueur ; Et la pâleur sur son visage Peint sa tristesse et sa langueur.

Le Soleil, qui voit l’insolence De ces tyrans audacieux, N’ose étaler en leur présence L’or de ses rayons précieux.

Du tribut que la mer reçoit de nos fontaines, Indignés et jaloux, leur souille mutiné Tient les fleuves chargés de chaînes, Et soulève contre eux l’Océan déchaîné. L’orme est brisé, le cèdre tombe, Le chêne le plus dur succombe Sous leurs efforts impérieux ; Et les saules couchés, étalant leurs ruines, Semblent baisser leur tête et lever leurs racines Pour implorer la vengeance des cieux.

Bois paisibles et sombres, Qui prodiguiez vos ombres Aux larcins amoureux, Expiez tous vos crimes, Malheureuses victimes D’un hiver rigoureux ;

Tandis qu’assis à table, Dans un réduit aimable, Sans soins et sans amour, Près d’un ami fidèle, De la saison nouvelle J’attendrai le retour.