Versos French Jean de Sponde Ma belle languissait dans sa funeste couche

French poem

Ma belle languissait dans sa funeste couche

by (1557–1595)

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Ma belle languissoit dans sa funeste couche Où la mort ces beaux yeux de leurs traits desarmoit, Et le feu dans sa moüelle allumé consommoit Les lys dessus son front, les roses sur sa bouche.

L'air paraissoit autour tout noir, des nuits funebres Qui des jours de la vie esteignent le flambeau : Elle perdoit déjà son corps dans le tombeau, Et sauvoit dans le Ciel son ame des tenebres,

Toute la terre estoit de dueil toute couverte Et son reste de beau luy semblait odieux : L'ame mesme sans corps, sembloit moins belle aux Dieux, Et ce qu'ils en gagnoyent leur sembloit une perte.

Je le sçeus, & soudain mon cœur gela de crainte, Que ce rare tresor ne me fust tout ravi, S'il l'eust esté, je l'eusse incontinent suyvi, Ainsi que l'ombre suit une lumiere esteinte

Nostre fortune enfin de toutes pars poussee A force de malheur fut preste à renverser, Ma belle en se mourant, & moi pour me presser Moi-mesme de ce mal dont elle estoit pressee.

L'amour, qui la voyoit cruellement ravie S'enflame de colere à voir mourir son feu, Accourt tout aussi tost en trouve encore un peu, L'esvente de son aisle & luy donne la vie.

Mais l'amour au voler se trouva tout estrange, Car la douleur tenoit engourdis les Zephirs : Je es luy r'animois du vent de mes souspirs Et s'il a fait du bien j'ay part à la louange.

Ma belle cependant recommence a reprendre Pour les perdus esprits, des esprits tous nouveaus Qui pourfilent son corps de traits encore plus beaux Et renaist tout ainsi qu'un Phœnix de sa cendre.

Au rapport bien heureux de si douces nouvelles L'enfer de mes ennuis dedans l'air s'est perdu : Que si j'ay du repos de l'avoir entendu Qu'aurois-je pour l'avoir s'il me donnoit des aisles ?

N'auray-je doncques point encor que des oreilles ? Et mes yeux seront-ils encor de vous privez ? De vous ma belle, a qui les biens sont arrivez, Où l'amour pour nous deux desploye ses merveilles,

Au moins triste langueur de ma longue distance Qui m'enchaines les jours comme insensiblement Trouvez moy quelque fin à mon esloignement Mais ne me trouvez point de fin à ma constance.