French poem
C'est trop, je perds patience
by Jean de Sponde (1557–1595)
Un bien qu'on desire tant Il ennuye à qui l'attend
C'est trop, je perds patience De me voir tant abusé, Et la longue experience Me rendra plus advisé :
Un bien qu'on, &c.
Quoy donc ? ce peu de journee Prises si mal volontiers Feront elles des annees Mais des siecles tout entiers ?
Un bien qu'on, &c.
Je m'estonne bien encore En la langueur où je suis Que le temps qui tout devore Ne devore mes ennuis :
Un bien qu'on, &c.
Mais c'est que ma belle flame N'a point d'autre qualité, Que la qualité de l'ame
Qui court vers l'éternité :
Un bien qu'on, &c.
J'ay beau flater de parole Ce mal sourd comme la mort, La medecine est trop mole Et le mal beaucoup plus fort :
Un bien qu'on, &c.
Ceste absence si cruelle Me met en estrange point, Je vis d'avoir veu ma belle Je meurs de ne la voir point.
Un bien qu'on, &c.
S'il est vray ce qu'on raconte Soleil, de tes premiers feux Pour Daphné, je fais mon conte Que nous sçavons bien tous deux.
Un bien qu'on, &c.
Haste donc pour moy la suite De tes journaliers plaisirs, Mais prens pour voller plus viste Les aisles de mes desirs :
Un bien qu'on, &c.
Que si ta course retard La fin de mon triste esmoy, Voy ma Belle, & pren bien garde Qu'elle sente comme moy
Un bien qu'on desire tant, Il ennuye à qui l'attend.