Versos French Jean Moréas Chimæra

French poem

Chimæra

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J’allumai la clarté mortuaire des lustres Au fond de la crypte où se révulse ton œil, Et mon rêve cueillit les fleuraisons palustres Pour ennoblir ta chair de pâleur et de deuil.

Je proférai les sons d’étranges palatales, Selon les rites des trépassés nécromants, Et sur ta lèvre teinte au sang des digitales Fermentèrent soudain des philtres endormants.

Ainsi je t’ai créé de la suprême essence, Fantôme immarcessible au front d’astres nimbé, Pour me purifier de la concupiscence, Pour consoler mon cœur dans l’opprobre tombé.

Les roses jaunes ceignent les troncs Des grands platanes, dans le jardin Où c’est comme un tintement soudain D’eau qui s’égoutte en les bassins ronds.

Nul battement d’ailes, au matin; Au soir, nul souffle couchant les fronts Des lis pâlis, et des liserons Pâlis au clair de lune incertain.

Et dans ce calme où la fraîcheur tombe, C’est comme un apaisement de tombe, Comme une mort qui lente viendrait

Sceller nos yeux de sa main clémente, Dans ce calme où rien ne se lamente Ou par l’espace, ou par la forêt.