French poem
Par la douce pitié
by Jean Moréas
Par la douce pitié qui s’attendrit au pli, Pourtant dur, de ta lèvre, inaccessible amante, Saurais-tu donc effacer la marque infamante Que la vie imprima sur mon front assoupli !
Sois, au moins, la main qui berce, et lorsque a faibli Mon orgueil, et ce pendant que geint la tourmente, Abrite-moi comme d’une magique mante, Des ténèbres de ta chevelure d’oubli ;
Et que de tes yeux la translucide prunelle Me verse la fraîcheur et la paix solennelle De la mare endormie en un lit de roseaux.
Mais surtout garde-toi bien close, et taciturne, Tel que sous le soleil un augural oiseau. — Car mon âme frémit de regarder dans l’urne.