Versos French Joachim Du Bellay Vers lyriques

French poem

Vers lyriques

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O De qui la uiue Courſe Prent ſa bienheureuſe ſource, D’une argentine Fonteine, Qui d’une fuyte loingtaine. Te rens au Seing fluctueux

De l’Occean Monſtrueux, Loyre, hauſſe ton Chef ores Bien haut, & bien haut encores, Et iete ton Oeil diuin Sur ce Païs Angeuin, Le plus heureux, & fertile, Qu’autre, ou ton Vnde diſtile. Bien d’autres Dieux, que toy, Pere, Daignent aymer ce Repaire A qui le Ciel feut donneur De tout grace, & bonheur. Ceres, lors que uagabunde Aloit querant par le Monde Sa Fille, dont poſſeſſeur Feut l’Infernal Rauiſſeur, De ſes pas ſacrez toucha Cete Terre, & se coucha Laſſe sur ton uerd Ryuaige, Qui luy donna doulx Bruuaige. Et cetuy la, qui pour Mere Eut la Cuyſſe de son Pere, Le Dieu des Indes uainqueur Arrouſa de ſa Liqueur Les Montz, les Vaulx, & Campaignes De ce Terroir, que tu baignes. Regarde mon Fleuue, auẞi Dedans ces foreſtz ici, Qui leurs Cheuelures Viues Hauſſent au tour de tes Ryues. Les Faunes aux Piez ſoudains,

De mainte fleur deux yſſant Toy Paſteur Amphriſien, Chacun de uous garde bien Ses Richeſſes de l’Iniure Du Chault, & de la Froidure. Ces Maſſes laborieuſes, Que les Mains Induſtrieuſes Quaſi egalent aux Cieux, Ne ſont elles pas aux Dieux. Qui uouldra doncq’ loue, & chante Tout ce, dont l’Inde ſe vante, Sicile la fabuleuſe, Ou bien l’Arabie heureuſe. Quand à moy, tant que ma Lyre Voudra les Chanſons elire, Que ie luy commenderay, Mon Aniou je Chanteray. O mon Fleuue Paternel, Quand le Dormir eternel Fera tumber à l’enuers Celuy, qui chante ces Vers, Et que par les Braz amys Mon Cors bien pres ſera mis De quelque Fontaine uiue, Non gueres loing de ta Riue, Au moins ſur ma froyde Cendre Fay quelques Larmes deſcendre Et ſonne mon Bruyt fameux A ton Riuaige ecumeux. N’oublie le Nom de celle,

Qui toutes Beautez excelle, Et ce, qu'ay pour elle auẞi Chanté sur ce Bord icy.