French poem
56 (Où vont-ils ? où vont-ils dans…)
by Joseph Autran (1813–1877)
Où vont-ils ? où vont-ils dans leur fuite éternelle, Ces nuages mouvants, Qui, dans le vaste ciel, chaque jour pêle-mêle Sont roulés par les vents ?
Où vont ces voyageurs qui cherchent leur patrie Et marchent nuit et jour, Passants dont la couleur à chaque instant varie, Ainsi que le contour ?
Où vont-ils, pourchassés par le pâtre Zéphire Dans le ciel du matin ? Est-il au firmament un point qui les attire, Un rendez-vous lointain !
Vont-ils à l’occident comploter les orages Des prochaines saisons ? Ou bien, groupes épars, des profonds paysages Broder les horizons ?
Leur long voile, hier soir, avait des franges vives ; Le soleil descendait, Et l’horizon sans borne ouvrait des perspectives Où l’âme se perdait !
À les voir ce matin dans la céleste plaine Disperser leur toison, On dirait un troupeau qui passe et dont la laine S’accroche à tout buisson.
Que seront-ils demain ? Verrai-je sur ma tête Leur groupe s’assembler. Sombres comme les chars qui portent la tempête, Et qu’on entend rouler ?
Ils reviendront peut-être incliner l’urne immense D’où sort la pluie à flots : Espoir des laboureurs en ces mois de semence, Effroi des matelots !
Ô nuages errants, ô vapeurs nuancées, Ô tableaux inconstants, À quoi ressemblez-vous, sinon à mes pensées Qui vont au gré du temps ?
Promenés comme vous par des vents insensibles, Et toujours en chemin, Les rêves de mon âme aujourd’hui sont paisibles ; Que seront-ils demain ?