Versos French Joseph Autran 57 (— Te voilà triste, ami…)

French poem

57 (— Te voilà triste, ami…)

by (1813–1877)

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— Te voilà triste, ami ! me dit le vent d’automne : Qu’as-tu ? pourquoi ces pleurs ? Je suis un confident qu’aucun chagrin n’étonne, Conte-moi tes douleurs.

Sont-ce les vœux déçus, l’espérance échappée, Les défaites du sort ? As-tu touché recueil, sous ta voile trompée, Quand tu rêvais le port ?

As-tu vu les amis, ceux qui depuis l’enfance Marchaient tenant ta main, Quand l’orage est venu, te laisser sans défense À moitié du chemin ?

Est-ce le tendre amour, est-ce l’oiseau fidèle Des riantes saisons, Qui s’envole aujourd’hui, fugitive hirondelle, Vers d’autres horizons ?

Connais-tu la douleur entre toutes poignante, As-tu vu les tombeaux S’ouvrir, et de ton cœur et de ta chair saignante Dévorer des lambeaux ?

Parle, dis-moi ta peine ; un cœur qui se raconte Se soulage à demi. Nous sommes seuls ; dis tout sans réserve et sans honte, Car je suis un ami ! —

Et moi je lui réponds : — Si tu veux que je dise Tout l’ennui que je sens, Ô triste vent d’automne, ô gémissante bise, Prête-moi tes accents !

Le sanglot éloquent est lui-même un don rare, Nous le cherchons en vain : Prête-moi cette plainte à qui ne se compare Aucun sanglot humain !

Les destins cependant m’ont épargné : ma voile N’a pas touché d’écueil ; Je n’ai vu dans mon ciel pâlir aucune étoile ; Je ne mène aucun deuil.

Chaque jour, l’amitié vient sonner à ma porte, Fidèle à ma maison, Et l’amour dans mon cœur n’est pas de ceux qu’emporte Le vent d’une saison !

Non, mais ce que j’éprouve est cet ennui suprême Dont tout pleure ici-bas, C’est ce mal inconnu dont tu souffres toi-même, Et que tu ne dis pas.

Quand tu jettes ces cris d’un cœur qui se lamente, En sais-tu le pourquoi ? Sens-tu cet infini dont le poids me tourmente Peser aussi sur toi ?

Ô triste vent d’automne, ô d’un monde en détresse Pleureur le plus ancien ! Je dirai mon secret et le mal qui m’oppresse, Quand tu diras le tien !