French poem
Justice boiteuse
by Joséphin Soulary (1815–1891)
Par ces temps de rancune, un jour ne passe guère Que le couteau ne fasse à l’écart quelque mort. Quand on aime le sang, par l’enfer ! on a tort De naître dans la peau d’un meurtrier vulgaire.
Celui qui tue un peuple au grand jour, et s’endort Calme, aux râles humains que son genou fait taire, Celui-là porte haut la gloire du sicaire : C’est bien plus qu’un héros, c’est le bras droit du Sort.
Il me manque le sens de l’abstrait, je l’avoue ! Entre le gueux qu’on blâme et le brigand qu’on loue La nuance m’échappe. — Ah ! si j’avais pouvoir !
J’aurais tôt condamné, confondant mes colères, A la peine d’amour le bandit du trottoir, Et l’assassin royal à celle des galères !