French poem
Chapitre 2
Femme, plaisir de demye heure, Et ennui qui sans fin demeure.
Entends, mon filz, que la coustume est telle Du rossignol qui jamais à femelle Ne se conjoint que sur un rameau verd, Auprès duquel a plein et descouvert
Sera un sec, et, quand l’oyseau petit Ha consommé son charnel appétit, Le rameau sec, incontinent il cherche, Dessus lequel fait un vol et s’y perche, Où il agence et polit son plumage.
… tous ceux qui se joignent à femmes En charnel acte et par amours infâmes Sont tout ainsi que rossignol plaisans Sur rameau verd qui se vont déduisans En leur luxure et amour sensuelle, Puis, quand prend fin la volupté charnelle, Tombent soubdain dessus le rameau sec, Laissans l’amour et le plaisir avec. Ce rameau sec pour sa signifiance Note d’Honneur et d’Amour l’oubliance, Où tombent ceux qui, pleins de leurs plaisirs, Ont accomply tous leurs vilains désirs.
Avec moy peux estre, Si, le corps délaissant, Tu veux l’esprit repaistre Du fruict aux cieux naissant.
On voit mourir toute chose animée Lors que du corps l’âme sutile part…
Le couchant n’était plus qu’une lame sanglante… Et l’on eût dit l’épée effrayante du ciel, Rouge et tombée à terre après une bataille.
Tout à coup la nuit vint, et la lune apparut Sanglante, et dans les cieux de deuil enveloppée, Je regardai rouler cette tête coupée.
Et les jaunes rayons que le couchant ramène, Plus jaunes ce soir là que pendant la semaine, Teignent mon rideau blanc.
La lampe brûlait jaune, et jaune aussi les cierges Et la lueur glissant aux fronts voilés des vierges Jaunissait leur blancheur ; Et le prêtre vêtu de son étole blanche, Courbait un front jauni, comme un épi qui penche Sous la faux du faucheur. ..... Oh !....................................... Qui n’a du crucifix baisé le jaune ivoire ? Qui n’a de l’Homme-Dieu lu la sublime histoire Dans un jaune missel !
Le cercueil arriva qu’on mesura de l’aune. J’étais là…, puis autour, des cierges brûlaient jaune ; Des prêtres priaient bas.
Jamais deux enfants purs, deux anges de promesse Ne tiendront suspendu sur moi durant la messe Le poêle jaunissant............ Jamais sur mon tombeau ne jaunira la rose Ni le jaune souci.
Moi j’aime à cheminer et je reste plus bas. Quoi ? des rocs, des forêts, des fleuves ? Oh ! non pas ! Mais bien moins, mais un champ, un peu d’eau qui murmure, Un vent frais agitant une frêle ramure, etc.....
Plus est souple le vers et côtoyant la prose, Plus pauvre de belle ombre et d’haleine de rose Et plus la forme étroite a lieu de se garder. . . . . . . . . . . . . . . . . C’est la rime avant tout de grammaire et d’oreille, C’est maint secret encore, une coupe, un seul mot Qui raffermit à temps le ton qui baissait trop, Un son inattendu, quelque lettre pressée, Par où le vers poussé porte mieux la pensée.
À ce jeu délicat qui veut être senti Bien aisément se heurte un pas inaverti ; Cet air de prose au loin, sans que rien le rehausse Peut faire voir des prés comme en verrait la Bauce. Mais soudain le pied manque et l’on dit : Faute d’Art ! Qui donc irait courir dans Venise au hasard ?
Vince cupidineas pariter, Partasque saggitas
J’ai rasé ces rochers que la grâce domine… Sorrente m’a rendu mon doux rêve infini.
Je connaissais Madame de Cicé, De ce monde ancien à tout jamais passé, Dévote, et bonne, et douce avec un fond plus triste, Dès le berceau nourrie an dogme janséniste Par sa mère autrefois la présidente de… Mais sous cette rigueur laisant aimer son Dieu.
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir, Hélas ! et, si je meurs, c’est que tout va mourir.
Ils reviendront ces dieux que tu pleures toujours !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie, Souvent dans l’être obscur habite un dieu caché ; Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières. Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !
Que dans une autre existence peut-être, J’ai déjà vue — et dont je me souviens !
La treizième revient… C’est encore la première ; Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment : Car, es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ? Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?…
Verse nous ton poison pour qu’il nous réconforte ! Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau, Plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe ! Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau.
Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse, Un autel souterrain au fond de ma détresse.
La nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles. L’Homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l’observent avec des regards familiers… Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.