Versos French Jules Laforgue Clair de Lune

French poem

Clair de Lune

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Penser qu’on vivra jamais dans cet astre, Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large À travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Œil stérile comme le suicide, Nous sommes le congrès des las, préside :

Crâne glacé, raille les calvities De nos incurables bureaucraties ;

Ô pilule des léthargies finales, Infuse-toi dans nos durs encéphales !

Ô Diane à la chlamyde très dorique, L’Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère, Les cœurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges, Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie, Que je m’y lave les mains de la vie !