French poem
Pour une mère
by Jules Verne (1828–1905)
Pour une mère, au monde est-il si triste chose Que de perdre en naissant, Sa fille, ange du ciel, sa fille, tendre et rose, Joli petit enfant !
Est-il plus triste chose au monde, que la mère ! Pour son enfant souffrir, Et le voir s’envoler malgré pleurs et prière, Le voir naître et mourir !
Mais est-ce là mourir ? car ton œil triste pleure Est-ce là le tombeau ? De la vie et la mort le ciel a sonné l’heure, La tombe est un berceau !
Le frêle papillon n’a pas touché la terre, Mais le bonheur et Dieu ! Son aile l’a mené, diaphane et légère, S’effacer au ciel bleu.
Il est là-haut, près Dieu, jouant avec les anges, Les Gentils Chérubins, Enfants aux ailes d’or, et les joyeuses phalanges Des tendres petits Saints.
Il est là-haut, près Dieu, car du sein de sa mère, Être spirituel, Dédaignant les malheurs et les maux de la terre, Il est né pour le ciel.
Pauvre mère ! un enfant, n’est-ce pas là l’obole Pour te récompenser ? N’as-tu pas à guetter sa première parole, Et son col à baiser ?
À ce penser aussi, ton âme s’accoutume De respirer un jour Le parfum d’un enfant, fleur faite d’amertume, De souffrance et d’amour.
Pleure, il te faut pleurer ! les larmes refont l’âme, Les pleurs viennent de Dieu ! Pleure ! ton pauvre enfant dans le ciel les réclame, Comme un dernier adieu !
Pleure, et réjouis-toi ! ton enfant pour toi prie Avec des mots pieux ! Ta fille, pauvre mère, elle était bien jolie !… Elle prîra bien mieux !