French poem
Rondeau redoublé
by Jules Verne (1828–1905)
Comprends-tu bien, Marie, Être à nous deux un monde, un ciel une patrie, Vivre ignorés de tous dans un lieu de ton choix Y cacher un bonheur à faire envie aux rois — Oh ! ce serait le ciel ! — En veux-tu ?
J’eus de l’amour bien vrai pour Herminie, Elle inspirait de tendres sentiments ; Si sa vertu ne se fût pas ternie, Elle entendrait encor mes doux serments !
J’ai bien passé d’agréables moments Dans son aimable et fine compagnie ; Lui confiant ma joie et mes tourments, J’eus de l’amour bien vrai pour Herminie !
Près d’elle pur et sans monotonie Le temps fuyait entre mille agréments, À qui voyait sa charmante manie Elle inspirait de tendres sentiments !
Je repoussais tous ces faux jugements Dont l’entourait la vile calomnie ; Je lui serais le plus pur des amants, Si sa vertu ne se fût pas ternie !
Elle a rompu notre tendre harmonie, Pourtant je l’aime, hélas ! pour châtiments, Prêt à toujours souffrir sa tyrannie, Elle entendrait encore mes doux serments.
Envoi.
Quoique pour moi ses affreux traitements, Et le mépris d’un amour qu’elle nie, Pour la haïr soient assez d’aliments, Puis-je oublier qu’hélas ! pour Herminie, J’eus de l’amour !