French poem
Triolets
by Jules Verne (1828–1905)
Cet intrigant de Dubilloy ! Ce n’est qu’(un) radical pour rire ! Ton intérêt, c’est là ta loi ! Cet intrigant de Dubilloy ! Il finira, de vous à moi, En préfet d’un troisième Empire ! Cet intrigant de Dubilloy ! Ce n’est qu’un radical pour rire !
Hurrah pour Frédéric Petit, Le Grand Électeur de la Somme ! Véritable chef de parti, Hurrah pour Frédéric Petit ! C’est bien sur le roc qu’il bâtit, Il est ce qu’on appelle un homme ! Hurrah pour Frédéric Petit Le Grand Électeur de la Somme !
Mon ami monsieur Bequery Est certes le meilleur des hommes ! Et si parfois il est aigri, Mon ami monsieur Bequery, C’est qu’il pense à Jules Ferry Ainsi qu’au temps triste où nous sommes ! Mon ami monsieur Bequery Est certes le meilleur des hommes !
Mon vieux camarade Édouard Gand ! Est, dit-on, un pêcheur insigne ! D’ailleurs, toujours jeune et fringant, Mon vieux camarade Édouard Gand ! Entre nous, jamais l’intrigant N’a pris un poisson à la ligne… Mon vieux camarade Édouard Gand Est, dit-on, un pêcheur insigne !
Au docteur Lenoël Il est de si joyeuse humeur, Qu’on n’y peut trouver à redire ! Puis, si zélé, si bon docteur ! Il est de si joyeuse humeur, Que s’il vous soigne et si l’on meurt, Ce ne peut être que de rire !… Il est de si joyeuse humeur Qu’on n’y peut trouver à redire !
L’habile docteur Peulevé ! De son nom ne soyez pas dupe ! Puisqu’il est si vite arrivé, L’habile docteur Peulevé Croyez qu’il s’est beaucoup levé Pour atteindre au rang qu’il occupe ! L’habile docteur Peulevé ! De son nom ne soyez pas dupe !
Quelle besogne a le docteur Froment ! Faire enfermer les fous de tous les âges Qu'on lui signale en ce département ! Quelle besogne a le docteur Froment ! Il aurait fait plus vite assurément Au lieu des fous, s'il enfermait les sages !… Quelle besogne a le docteur Froment ! Faire enfermer les fous de tous les âges !
Au docteur Boussavit Ce jeune et brave aide-major À la peine jamais ne boude ! Il a déjà deux galons d’or, Ce jeune et brave aide-major ! Il en aura bien plus encor, Ils lui monteront jusqu'au coude ! Ce jeune et brave aide-major À la peine jamais ne boude !
C’est Gédéon, l’homme qui rit, Qui rit de tout ce qui fait rire, Quand il dessine ou qu’il écrit, C’est Gédéon, l’homme qui rit ! Il montrerait bien plus d’esprit, S’il se prenait pour point de mire ! C’est Gédéon, l’homme qui rit, Qui rit de tout ce qui fait rire !
Vous le voulez, Monsieur Laurent, Que je vous donne un autographe ! Ce n’est pas un cadeau bien grand ! Vous le voulez, Monsieur Laurent ! Alors j’y mets, — car je me rends, — Ma signature et mon paraphe ! Vous le voulez, Monsieur Laurent, Acceptez donc mon autographe !
Notre interminable Roger Parle de tout sans rien connaître ! Mais qui pourrait l’en corriger, Notre interminable Roger ! Apte d’ailleurs à tout juger Autant que l’enfant qui va naître… Notre interminable Roger Parle de tout sans rien connaître !
Monsieur Julien au teint si frais Est un homme des plus aimables ! Charmant, de loin comme de près, Monsieur Julien au teint si frais ! Si j’étais femme, je ferais Pour lui des choses… très blâmables ! Monsieur Julien au teint si frais Est un homme des plus aimables !
Voyez Madame Devailly Quand elle joue à la roulette ! On viendrait tout exprès d’Ailly Pour voir Madame Devailly ! Un certain soir, elle a failli, Gagnant deux sols, perdre la tête !… Voyez Madame Devailly Quand elle joue à la roulette !
Mon cher ami de Jancigny, Le temps est beau, la route est belle ! Voulez-vous venir à Cagny, Mon cher ami de Jancigny. Si vous préférez Picquigny, Je ne vous serai point rebelle Mon cher ami de Jancigny, Le temps est beau, la route est belle !
Tenez-le bien par le milieu Le fléau de votre balance, Ô juge de paix Decaïeu, Tenez-le bien par le milieu ! Et soyez raide comme un pieu Pour vaincre votre somnolence ! — Tenez-le bien par le milieu, Le fléau de votre balance !
À Alex. Dumas Si par erreur j’ai mis Bignon, C’est Brébant que j’ai voulu dire ! Ami, ne m’en veuillez pas, non, Si par erreur j’ai mis Bignon ! Et pardonnez, puisque ce nom Vous a forcé de me récrire… Si par erreur j’ai mis Bignon, C’est Brébant que j’ai voulu dire !
À Michel Vion le Chevelu, Au professeur, au phonographe, Au Conseiller toujours élu, À Michel Vion le Chevelu, Je porte un toast absolu : Au massacreur de l’orthographe !… À Michel Vion le Chevelu, Au professeur, au phonographe !
Le premier président Dauphin Se serait fait Orléaniste Comme il s’est fait républicain, Le premier président Dauphin, S’il n’eût trouvé beaucoup plus fin De rester simple Dauphiniste… Le premier président Dauphin Est tout simplement Dauphiniste !
Au président Obry On l’a donc nommé président, Pour qu’il se taise, le pauvre homme ! Ah ! quel avocat abondant ! On l’a donc nommé président ! Et lorsqu’il plaidait, cependant, On s’endormait d’un si bon somme ! On l’a donc nommé président, Pour qu’il se taise, le pauvre homme !
Avez-vous vu la mère Obry Quand elle fait sa présidente Et vous prend son air renchéri ? Avez-vous vu la mère Obry ? Dans tout Amiens ce n’est qu’un cri : Quelle matrone outrecuidante ! Avez-vous vu la mère Obry ? Quand elle fait sa présidente ?
Regardez bien monsieur Caron Passer vers une heure et demie. Il est gros, gras, gris, court et rond. Regardez bien monsieur Caron Très malins ceux qui le verront Sans sa canne et son parapluie ! Regardez bien monsieur Caron Passer vers une heure et demie.
Au premier président Daussy J’écris de ma meilleure plume, Et pourtant lui promettre ceci Au premier président Daussy : C’est que je lui dirai merci, S’il veut bien lire ce volume. Au premier président Daussy J’écris de ma meilleure plume.
Il s’enflamme comme un briquet, Si peu qu’une femme le touche, Monsieur le directeur Hequet ! Il s’enflamme comme un briquet. Aussi vous devinez ce qu’est Ce galant homme point farouche ! Il s’enflamme comme un briquet Si peu qu’une femme le touche !
Ci-gît le conseiller Feutry Que nous venons de mettre en terre, Et sur la tombe il est écrit : Ci-gît le conseiller Feutry, Qui n’avait jamais tant d’esprit Que lorsqu’il voulait bien se taire. Ci-gît le conseiller Feutry Que nous venons de mettre en terre.
Pleurons, pleurons monsieur Sibut Qu’on envoya faire lan laire, Lui si solennel au début ! Pleurons, pleurons, monsieur Sibut ! C’est ainsi qu’on met au rebut Tout objet qui cesse de plaire ! Pleurons, pleurons, monsieur Sibut Qu’on envoya faire lan laire !
Voici venir monsieur Labbé Avec la chambre de commerce Dont il est le suprême bey, Voici venir monsieur Labbé. Il ne s’est jamais trop gobé Dans les fonctions qu’il exerce. Voici venir monsieur Labbé Avec la chambre de commerce.
Voici le procureur Melcot Le fameux retrousseur de cottes ! Satyre amoureux comme un côt Voici le procureur Melcot. Combien, sans payer son écot, Il a mis à mal de Mascottes ! Voici le procureur Melcot Le fameux retrousseur de cottes !
C’est pour l’illustre Colonna Que j’entrouvre ma boîte aux rimes Et que je chante un hossanah ! C’est pour l’illustre Colonna. Mais quel tête Dieu lui donna La tête de nos bons vieux grimes ! C’est pour l’illustre Colonna Que j’entrouvre ma boîte aux rimes !
Nous enterrons Denis Galet Mort dix ans avant d’être en terre. Du moins, c’est bien ce qu’il semblait. Nous enterrons Denis Galet Lequel n’a, quand il le fallait, Jamais su parler ou se taire. Nous enterrons Denis Galet Mort dix ans avant d’être en terre.
Pleurons sur Eugène Gallet, Car le pauvre homme est bien malade ! À se droguer, il se complaît… Pleurons sur Eugène Gallet. Qu’on le mette au jus, ou au lait Ce n’est rien qu’une reculade ! Pleurons sur Eugène Gallet, Car le pauvre homme est bien malade !
Monsieur Auguste Devailly Est un homme extraordinaire Aimable, gai, bien accueilli, Monsieur Auguste Devailly ! N’a-t-il pas l’air d’un bon bailli Qui doit devenir centenaire ? Monsieur Auguste Devailly Est un homme extraordinaire
C’est à notre adjoint que je bois, À monsieur Decaix dit l’Aimable. Et je serai compris, je crois. C’est à notre adjoint que je bois. Qui tous les trente deux du mois Consent à se montrer affable… C’est à notre adjoint que je bois, À monsieur Decaix dit l’Aimable.
Féragu le conservateur A tort de conserver sa place, Car il n’est pas à la hauteur, Féragu le conservateur. Mais, un beau jour, si, par malheur, Notre commission se lasse Féragu le conservateur Ne conservera pas sa place.
Voyez passer dans le quartier Ce gigantesque hippopotame ! C’est le beau Bijou tout entier Qu’on voit passer dans le quartier. Quel succès pour un charcutier S’il le vendait au Kilogramme !… Voyez passer dans le quartier Ce gigantesque hippopotame !
Cozette (Honoré-Florimond) Brave homme, excellente nature, Est né non loin du port d’Ancont, Cozette (Honoré-Florimond) Il peut être assuré de mon Vote pour sa candidature, Cozette (Honoré-Florimond) Brave homme, excellente nature.
Notre adjoint monsieur Catelain Pour ses fraisiers a fait école. Il est connu jusque dans l’Ain, Notre adjoint, monsieur Catelain. Aussi personne ne se plaint Qu’il ait le Mérite Agricole. Notre adjoint monsieur Catelain Pour ses fraisiers à fait école.
Monsieur Ponche est un franc Picard Dont le petit nom est Narcisse. Ne vous en étonnez pas, car Monsieur Ponche est un franc Picard. Il file la laine avec art Non sans y trouver bénéfice. Monsieur Ponche est un franc Picard Dont le petit nom est Narcisse.
Allons, trotte, saute, Ricquier Avec tes monuments en croupe, Et moque-toi du boutiquier ! Allons, trotte, saute, Ricquier ! Sur son front un toupet altier En fait un Ricquier à la houpe ! Allons, trotte, saute, Ricquier, Avec tes monuments en croupe !
Notre préfet Allain-Targé Est un grand marchand d’eau bénite. Rien qu’à le voir il est jugé Notre préfet Allain-Targé. On est largement aspergé, Mais cela sèche tout de suite. Notre préfet Allain-Targé Est un grand marchand d’eau bénite.
Avec ses quatre galons d’or Je trouve Pourcelle superbe. Superbe même quand il dort Avec ses quatre galons d’or ! Commandant de la territor… Il est bête à manger de l’herbe ! Avec ses quatre galons d’or Je trouve Pourcelle superbe !
Il est cocu, le sous-préfet, Et quand on l’est, c’est pour la vie ! Comme il devait l’être en effet Il est cocu, le sous-préfet ! Que voulez-vous ? C’est sitôt fait Lorsque madame en meurt d’envie ! Il est cocu, le sous-préfet… Et quand on l’est, c’est pour la vie !
Voici monsieur Adéodat Toujours prêt à partir en guerre Contre les budgets de l’État. Voici monsieur Adéodat Notre candide candidat Auquel ça ne réussit guère ! Voici Monsieur Adéodat Toujours prêt à partir en guerre !
Très solennel, maître Dubois Ferme les yeux, ouvre la bouche… C’est d’abord un son de hautbois. Très solennel, maître Dubois. Puis, tonitruant de la voix, Il rugit, éclate, farouche… Très solennel, maître Dubois Ouvre les yeux, ferme le bouche…
Qu’il est assommant, ce Boudon Sur toutes choses il ergote ! Il caresse comme un chardon ! Qu’il est ennuyeux, ce Boudon ! C’est pourquoi je demande donc, S’il s’approche, qu’on le ligotte ! Qu’il est assommant, ce Boudon Sur toutes choses il ergote !
Salut au président Hatté ! Je l’admire, lorsqu’il préside Avec tant de solennité. Salut au président Hatté Qu’il tienne sa société Et ne lui lâche pas la bride ! Salut au président Hatté. Je l’admire, lorsqu’il préside !
Puisard est l’époux d’Anica. Bien qu’il ne soit pas à la fête, Non jamais il ne lui manqua ! Puisard est l’époux d’Anica. D’ailleurs, en dot elle lui flanqua Un bois qu’il porte sur le tête… Puisard est l’époux d’Anica. Et ce n’est pas être à la fête !
Notre gros abbé Froideval En se promenant tangue et roule Depuis l’amont jusqu’à l’aval, Notre gros abbé Froideval Il a, de comme aumonier naval Gardé ce mouvement de houle. Notre gros abbé Froideval En se promenant tangue et roule.
Monsieur Levasseur président Se donne une importance énorme. On ne peut être plus pédant, Monsieur Levasseur président. Et ses jugements, cependant, Presque tous la Cour les réforme… Monsieur Levasseur président Se donne une importance énorme.
Quille est un ancien gabarier Et Machu son inséparable Était coiffeur de son métier. Quille est un ancien gabarier. Tous deux, traversant leur quartier, Causent en étalant leur rable… Quille est un ancien gabarier Et Machu son inséparable.
Il me paraît manquer d’entrain, Ce bon sous-préfet que l’on raille, Est-ce que madame Morin ?… Il me paraît manquer d’entrain, Tandis qu’elle est bien dans le train… La joli train où l’on déraille… Il me paraît manquer d’entrain Ce bon sous-préfet que l’on raille !
Comme juge d’instruction Thorel est l’une des plus capables. Ce qu’il y met de passion, Comme juge d’instruction Pour lui toute la question Est de trouver les gens coupables ! Comme juge d’instruction Thorel est l’une des plus capables.
L’horrible citoyen Fiquet C’est le sectarisme fait homme ! En vérité voilà ce qu’est L’horrible citoyen Fiquet ! Non moins roquet que perroquet, Vrai type de bête de Somme ! L’horrible citoyen Fiquet C’est le sectarisme fait homme !