Versos French Louis Ange Pitou Chanson

French poem

Chanson

by (1767–1846)

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SUR LE TRICTRAC.

Air: Ma plus belle promenade.

Galants, je veux vous apprendre, Sans livre et sans almanach, Un jeu facile à comprendre, Un nouveau jeu de trictrac. Il faut, en suivant la chance, Mettre les dames en bas; C'est par-là que l'on commence, Sans quoi l'on ne case pas.

Quand on a su les abattre, On les pousse encore un peu Pour avoir de quoi combattre, Il faut étendre son jeu. Si votre partie adverse Craint, et ne s'avance point, Que votre savoir s'exerce A battre vite son coin.

C'est par le coin que l'on s'ouvre L'entrée aux coups importants: On passe une dame, on couvre, On avance, on met dedans; Mais ne faites point d'école, N'oubliez point à marquer: Jamais on ne se console D'être assez sot pour manquer.

Pour faire de grands vacarmes, N'avoir jamais le dessous, Il faut amener des carmes, Car ils font les plus grands coups. L'autre jour, grand dieu! quel charme, Et quel plaisir d'y songer! Je vis prendre par un carme Cinq ou six trous sans bouger.

Une fille jeune et vive Ne peut modérer son jeu, Ni, quand un beau coup arrive, Garder un juste milieu: Elle pousse un peu trop vite, Et, son jeu se serrant trop, On l'enfile tout de suite Et l'on va le grand galop.

Si par heureuse fortune, En l'absence d'un époux, Vous jouez contre une brune, Soyez bien sûr de vos coups: Sur-tout point d'étourderie, Et prenez bien votre jour; Car on manque la partie Souvent par jan de retour.

VOILA COMME ILS SONT TOUS.

Air: Si des galants de la ville.

Je conçois bien qu'un novice En amour perde son temps; Qu'il soit dupe du caprice, Qu'il prend pour du sentiment. Pour moi, satisfait de plaire, Je ne crois pas aux serments Qu'une femme peu sincère Fait toujours à ses amants.

Je déteste l'esclavage, Le plaisir seul est ma loi; Je me plais au badinage, Sans jamais donner ma foi; Et, de peur qu'une volage Ne me donne mon congé, Le matin si je m'engage, Le soir je suis dégagé.

Églé, Corinne, Julie, Ont eu mes voeux tour à tour: Je suis né sans jalousie, Et mon coeur est sans détour. J'offre aux belles mon hommage, Fruit de ma sincérité; C'est comme un droit de passage Que l'on doit à la beauté.

LE VIEILLARD JEUNE HOMME.

Air: Si de tous les maux de l'absence.

Permets, Hébé, que la vieillesse Chante la saison des amours, Ou calme, auprès de la jeunesse, L'ennui cruel de ses vieux jours: L'hiver goûte un plaisir céleste En se rapprochant du printemps; Laisse-moi savourer un reste, Un vieux reste de mon bon temps.

Quand dans nos champs une bergère Couronne son heureux berger; Quand la molle et verte fougère Obéit sous son pas léger; Quand de ses pleurs la jeune aurore Arrose les fleurs du printemps; Quand dans le monde tout s'adore, C'est l'âge d'or, c'est le bon temps.

Jeune Hébé, je commence à croire, Aux feux que je sens près de toi, Que les dieux veulent pour ta gloire Faire un nouveau Titan de moi: Quand sur ton teint je vois éclore Toutes les roses du printemps; Ce tableau me rappelle encore Ce que je fis dans mon bon temps.

Si jamais de quelque puissance Je suis revêtu dans les cieux, Je rends le monde à son enfance; Et quant au dieu d'amour, je veux Qu'il immortalise les belles, Qu'il éternise leur printemps; Et qu'il coupe, en brûlant ses ailes, Les ongles et la barbe au temps.

Attribuée au duc de Nivernois.

LE JEUNE HOMME VIEILLARD.

Souffrez, amis, que je vous dise Le triste état de mes amours; Je vais le faire avec franchise, Ne vous y fiez pas toujours: Déplorez tous mon sort funeste, L'hiver succède à mon printemps. Ah! quand on y va de son reste, Hélas! c'est bien le pauvre temps!

Quand j'aperçois cette bergère Auprès de son heureux berger; Quand je songe à ce qu'il doit faire, Oui, je suis prêt d'en enrager: Auprès d'un objet qu'il adore, Ses feux sont toujours renaissants.... Vainement je l'appelle encore La vigueur de mon ancien temps!

A cinquante ans, nos joyeux pères Brûlaient jadis de nouveaux feux! Aujourd'hui, quels effets contraires! A trente ans je suis déjà vieux. Comme à Titan, l'Aurore aimable Devrait ressusciter mes sens; Mais, hélas! ce n'est qu'une fable Des annales du bon vieux temps.

Pour m'en consoler, reprit le chanteur, buvons du vin de Palme jusqu'à ce que l'air de France me rajeunisse, et disons en dépit du sort:

Amis, jusqu'en notre vieillesse Ménageons-nous d'heureux moments; C'est un songe que la vieillesse Après la saison des amants. Vivent les plaisirs de la table; L'automne vaut bien le printemps: Savourons ce jus délectable, Croyez-moi, c'est-là le bon temps.

CHANSON CRÉOLE.

Musique Créole.

Moi las de tant souffrir, Moi v'lè mourir. Zizi trop cruelle, Moi las de tant souffrir, Moi v'lè mourir, Pour mal moi finir. Moi bandi en yeux li qui belle; Moi jurè li, et moi fidèle, Zizi ny l'air ben doux, Mais coeur cailloux, Ly cache là-z-ous.

Z'autre qui toujours heureux, Ben amoureux; La sou-z-un feuillage, Zozo n'a pas chantè.... Yo moment, pèt!.... Zo moi trop mauvais; Malgré moi, ben content, ben sage, Pas zottè, Zizi, li volage, Zozo n'a pas chantè!.... Yo moment pèt, Sont moi trop mauvais.

Zizi, pas save aimer, Ayant charmé, Çà tout ça li scave, Coeur moi tant désiré, Tant soupiré Li sont déchiré, Moi vinit plat comme youm casave, Moi semblè un viel pauvre esclave; Zizi pas save aimer, Ayant charmé, Li tout déchiré.

Premier jour, moi voi li Ça moi sentir Parlé petit'chose, Premier jour moi voir ly Ça moi sentir Yous trop grand plaisir; Couler lis et couler la rose, Si moi fou, ça li qui la cause, Ly dit: ay l'air ben doux; Mais coeur cailloux Li cache là-zous.