Versos French Louis Ange Pitou Le Déporté

French poem

Le Déporté

by (1767–1846)

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DANS LA GUYANE FRANÇAISE.

Romance composée à la Franchise, en frimaire an huitième (24 novembre 1799).

Air de l'opéra de Tom-Jones; Vous voulez que je vous oublie.

Reprise. O ma maîtresse! ô ma patrie! Oui, je chéris jusqu'à vos coups. Vos arrêts font le destin de ma vie; Vous m'exilez quand je brûle pour vous....

Déporté dans le nouveau monde, Un troubadour, au bord de l'onde, Soupirait ainsi ses revers! Sombres forêts, affreux rivage, Faut-il qu'au printemps de mon âge J'expire ici chargé de fers?....

O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.

Oh! je ne suis pourtant coupable Que d'aimer un objet aimable, Et de soupirer pour un roi; Trop fier de ce vertueux crime, De l'amour sensible victime, J'expire en adorant ta loi.

O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.

Dès que l'orient se colore, Je dis à la naissante aurore: Mêle tes larmes à mes pleurs; Mais conserve pour ma patrie, Et pour l'ingrate qui m'oublie, Tes dons et tes riches couleurs.

O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.

Quand de cette zone torride Mon pied foule le sable aride, Je porte la main sur mon coeur. Zulma, pour toi comme il palpite! Vers toi comme il se précipite, Beau climat où naît le bonheur!....

O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.

Le nouveau siècle qui commence Rendra l'âge d'or à la France; Sur les lis l'aigle volera. Soit qu'ici je végète encore, Ou soit qu'un tigre m'y dévore, Ma langue en se glaçant dira:

O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.

O Dieu! je reverrais la France! Je jouirais de ta présence! Zulma! tu m'as ravi ton coeur!.... Non.... Laissez-moi sur cette rive, Et qu'en mourant, ma voix plaintive Nomme Zulma pour mon malheur.

O ma maîtresse! ô ma patrie! Oui, je chéris jusqu'à vos coups: Vos arrêts font le destin de ma vie; Vous m'exilez quand je brûle pour vous.

Un de nos compagnons d'exil fut déporté, en 1797, pour avoir ramené en France, dans sa famille, une jeune émigrée comme lui dont il venait demander la main. Pendant que nous étions dans la Guyane, il apprit qu'elle avait épousé un autre jeune homme qui lui avait fait obtenir sa radiation: il en mourut de douleur. C'est le sujet de cette romance.

LE TOMBEAU D'ISMÈNE.

Un jeune homme dont les parents avaient éprouvé de grands revers parvint, par amour et par séduction, à obtenir les faveurs d'Ismène d'Orv.... que ses parents lui destinaient, avant que la fortune eût allumé entre les deux maisons une haine irréconciliable. Ismène d'Orv.... devint enceinte. Cette nouvelle éclata un jour au milieu d'une fête que toute la famille donnait au grand-papa. M. d'Orv...., plaint par les gens sensés, et ridiculisé par les jeunes étourdis, concentra sa colère durant le repas: mais le soir, en rentrant chez sa fille, il la traîne aux cheveux, lui donne des coups de pied dans le ventre, et assassine la mère et l'enfant, qui moururent au bout de huit jours. Le premier auteur de cette catastrophe était un de nos compagnons d'exil. L'amour et la douleur le traînèrent au sanctuaire. Il me demanda les couplets suivants; me permit de les publier, et me pria de taire son nom par égard pour la famille de son amie, dont le chef expie sa faute dans un deuil éternel.

Air de la nouvelle Clémentine: Une jeune bergère, les yeux baignés de pleurs.

J'ai perdu mon Ismène, J'ai perdu mon bonheur; Échos, forêts, fontaines, Répétez ma douleur. Pour moi, belle nature, Tes dons sont superflus; Dépouille-toi de ta verdure, Mon Ismène n'est plus.

Claire et pure fontaine, Sur tes bords enchanteurs, Chaque jour, pour Ismène, Tu t'émaillais de fleurs; Je vais grossir ton onde De mes pleurs superflus; Je reste isolé dans le monde, Mon Ismène n'est plus!

Si l'or me rend Ismène, Si l'or me rend mon fils, Je veux m'ouvrir la veine Pour en doubler le prix: Tes largesses tardives Sont des biens superflus; Les habitants des sombres rives Payent de leurs vertus.

Coudrier dont l'ombrage Protégeait nos plaisirs, Assis sous ton feuillage, Je pousse des soupirs. Au récit de ma peine, Ces rochers sont émus; Écho répète encore Ismène, Mais Ismène n'est plus!

Près de cette hécatombe, Venez en sanglotant; Ce marbre sert de tombe A la mère, à l'enfant. Son bourreau fut son père, L'amour fit ses malheurs, Et son amant se désespère: Vous leur devez des pleurs.

M. d'Orv...., après la mort de sa fille, offrit sa dot à son amant. On devine ses motifs.